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L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.

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Centenaire de la mort de Tolstoï, le maître à penser de Gandhi.

 Occupant la place centrale de ma salle de séjour, un tableau impressionnant d'un peintre polonais présente Tolstoï (1828-1910) dans les bras du Christ couronné d'épines. Il est habillé en moujik et semble (…) comme pour symboliser l'humanité entière qui parvient à ce baiser de paix après des millions d'années du cheminement laborieux de son évolution. C'est un cadeau que j'ai reçu du président de l'assemblée de l'ONU de l'époque : Miguel d'Escoto Brockmann, fervent disciple du père du pacifisme moderne. Le 20 décembre on a célébré le centenaire de sa mort en 1910. Il mérite d'être rappelé non seulement comme l'un des écrivains majeurs de l'humanité pour ses romans "Guerre et Paix" (1868) et "Anna Karénine" (1875), entre autres, œuvre qui atteint quatre-vingt dix volumes, mais surtout comme l'un des esprits les plus engagés auprès des pauvres et pour la paix et considéré comme le père du pacifisme moderne.

Royaume TolstoïoPour nous théologiens, ce qui compte tout particulièrement, c'est le livre "Le Royaume de Dieu est en nous" écrit après la grande crise spirituelle de ses cinquante ans (1878). Il a fréquenté des philosophes, des théologiens et des sages, et aucun ne l'a satisfait. C'est alors qu'il s'est immergé dans le monde des pauvres. C'est là qu'il a redécouvert la foi vivante "celle qui leur donnait la possibilité de vivre". Tolstoï considérait cette œuvre comme la plus importante de tout ce qu'il avait écrit. Ses romans célèbres, il les considérait, ainsi qu'il l'avoue dans son journal de 1895, comme destinés à attirer les clients et leur vendre ensuite quelque chose de bien différent. Il a mis trois ans pour terminer cette œuvre (1890-1893) Elle a été publiée au Brésil par l'éditeure Rosa dos Tempos (aujourd'hui, Record) en 1994 avec une belle préface du Frère Clodovis Boff, mais est hélas épuisée.

"Le Royaume de Dieu est en vous", traduit immédiatement en plusieurs langues, a eu une répercussion énorme, suscitant des applaudissements et des rejets courroucés. Mais l'influence la plus forte a concerné Gandhi. Plongé lui aussi dans une crise spirituelle profonde, croyant encore en la violence comme solution aux problèmes de société, il a lu le livre en 1894. Il a provoqué en lui un choc immense. "La lecture de ce livre m'a guéri et a fait de moi un adepte résolu de l'ahimsa (non-violence)". Il faisait lire le livre à ses amis et l'a emporté en prison en 1908 pour le méditer. L'apôtre de la non-violence active a eu pour maître Léon Tolstoï. Ce dernier a été excommunié par l'Eglise orthodoxe et le livre interdit par le régime tsariste.

Quelle est la thèse centrale de ce livre ? C'est la parole du Christ : "Ne résistez pas au mal" (Mat. 15 – 39) soit, ne répondez pas à la violence par la violence. Il ne s'agit pas de se croiser les bras, mais de répondre à la violence par la non-violence active : avec bonté, douceur et amour. Autrement dit, "ne pas riposter, ne pas rendre la pareille, ne pas contre-attaquer, ne pas se venger". Ces attitudes vraies contiennent intrinsèquement une force invincible, ainsi que l'enseigne Gandhi. Pour le prophète russe, ce précepte ne se limite pas au christianisme. Il traduit la logique secrète et profonde de l'esprit humain qui est l'amour. Il touche au sacré qui est au fond de chacun d'entre nous. C'est pour cela que le titre est : "Le Royaume de Dieu est en vous."

Gandhi a traduit la non-violence tolstoïenne comme non coopération, désobéissance civile et rejet actif de toute servilité. Aussi bien lui que Tolstoï savait que le pouvoir se nourrit d'acceptation, d'obéissance aveugle et de soumission. Parce que l'Etat aussi bien que l'Eglise exigent ces comportements serviles, il les disqualifie de manière percutante. Ce sont des institutions qui paralysent la liberté, attribut inaliénable et spécifique de l'être humain. Au frontispice du livre nous lisons la phrase de St Paul : "Ne devenez pas esclaves des hommes." (I Cor. 7-22). Pour Tolstoï le christianisme est moins une doctrine à accepter qu'une pratique à vivre. Il est devant nous et non derrière, derrière il nous semble avoir échoué. Mais devant nous il est une force qui n'a pas encore été expérimentée totalement. Il est urgent de la mettre en pratique. De façon prophétique Tolstoï pressentait l'irruption de guerres violentes, ce qui en fait s'est produit. La maison est en train de prendre feu et on n'a pas le temps de se demander s'il faut en sortir ou non.

Tolstoï a un message pour notre temps, car les grands de ce monde continuent à croire en la violence guerrière pour résoudre les problèmes politiques en Irak et en Afghanistan. Mais d'autres temps viendront. Quand le petit poussin ne peut plus rester dans l'œuf, il brise de lui-même la coquille avec son bec et il naît. Ainsi devra naître une vie nouvelle de non-violence et de paix.

Léonardo Boff, théologien, philosophe et écrivain.

Traduit de Adital du 29 novembre 2010

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