L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.
Paul, ton départ du milieu de nous, est profondément douloureux : pour Claudette, ton épouse depuis 69 ans, pour tes enfants, tes petits-enfants, pour toute ta famille ; et pour chacun de nous, tes amis, tes compagnons de route. Mais, vois-tu, paradoxalement, je n’ai pas envie de pleurer maintenant. D’abord, parce que, depuis ton enfance heureuse, ta vie a été une belle vie. Tu le reconnais toi-même dans le livre que tu as écrit pour que tes enfants et petits-enfants te connaissent mieux « Les jeunes années d’un mosellan 1928-1952 ». Je n’ai pas envie de pleurer non plus, parce que je pense que la véritable attitude digne de toi, c’est de rendre grâce. Oh ! J’emploie exprès une formule religieuse qui doit t’agacer. Rendre grâce, pour un linguiste comme toi, tu sais que ça signifie remercier dans une joie profonde.
Je veux en effet d’abord te remercier toi-même pour ce que tu as été : tu dis de toi que tu as été un homme enclin à la nostalgie et la mélancolie, et en même temps manifestant un réalisme parfois crû mais positif. En effet, tu n’as cessé d’espérer dans l’humanité. Ton charisme pour les langues et la linguistique et ton goût pour l’histoire des civilisations ont fait de toi un globe-trotter et un humaniste averti. Pour toutes ces richesses, je veux te remercier, parce que tu nous as souvent aidés les uns et les autres à mieux apprendre à connaître les hommes, à rapprocher les hommes, à créer des ponts entre eux, des liens d’amitié, de paix et de fraternité, par exemple en aidant les personnes en exil ou migrantes à remplir leurs dossiers ou à les traduire. Tu nous as souvent expliqué l’histoire des peuples, traduit des conversations qui rapprochaient les gens, comme Élisabeth en a témoigné, durant votre séjour au Brésil pour le 10è anniversaire de l’assassinat de Gaby Maire.
Je veux te dire merci aussi pour ton regard critique sur notre Église. Après avoir plus ou moins perdu la foi pendant ton adolescence, tu l’as peu à peu retrouvée au contact des réalités du monde d’après guerre. Dans ton ouvrage biographique, tu te présentes volontiers comme « croyant et anticlérical ».
Je crois d’ailleurs que la nature et les événements entre 1930 et 1950 t’ont tendu des pièges. D’abord, une semaine après ta naissance tu as été baptisé et -– comble du sort !—c’était un 15 août, jour de la plus grande fête de la Vierge Marie ; ta maman t’a confié traditionnellement à la protection de Marie. Mais, toi, tu lui as bien mal rendu cet hommage, puisque tu avoues avoir peu de piété mariale et avoir souvent critiqué le culte excessif que l’Église lui rend ! Il est vrai aussi que tu as grandi en Moselle, dans un catholicisme traditionnel et concordataire, où croire en Dieu et pratiquer allaient de soi, dans une ambiance cléricale et conservatrice. Mais parvenu à l’âge adulte tu as aspiré à construire une autre Église, plus engagée, plus conforme au message évangélique, moins cléricale et plus respectueuse de tout le peuple des croyants. Merci, Paul, pour cet effort de fidélité aux Béatitudes, en particulier en te faisant « artisan de paix et de fraternité». Dans le 1er texte qui vient d’être lu, nous avons entendu comment, au souffle de l’Esprit, les croyants de Jérusalem ont manifesté la Vérité et la puissance de Dieu par le don des langues du monde entier. En mettant tes dons de langues multiples au service de tes frères, toi aussi tu as été image de la puissance divine, capable de proclamer les louanges de Dieu à travers les nations et de rapprocher les hommes. Merci Paul pour tout ce que tu as fait ainsi de beau et de bien.
Je voudrais terminer en remerciant encore ; mais cette fois, c’est à Dieu que nous pouvons rendre grâce. Car tout ce que tu as fait de bien et de beau dans ta vie, Paul, c’est grâce aux dons que la vie t’a donnés. Or la vie, elle n’est pas le fait du hasard, ni seulement des hommes : elle est d’abord le don de Dieu. Nous ne sommes que des créatures, Lui, Il est le « Tout-Autre », le Père de tout, le seul à qui nous pouvons dire « notre Père qui es aux cieux » ; c’est le sens des « cieux », que le linguiste que tu étais savait reconnaître.
Merci, Paul ; je te confie à Dieu le Père des cieux.