L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.
Présentation de la situation du Brésil à l'AG du 16 juin 2018
Dans "les Echos de Vitória" que vous avez reçu récemment, vous avez pu lire deux articles nous éclairant sur la vie actuelle des Brésiliens. Dans le premier article, Leonardo Boff, théologien, passe en revue les problèmes de son propre pays et propose des pistes, exigeantes d'ailleurs, pour en sortir. En page 7, c'est un Uruguayen, voisin des Brésiliens, qui donne son point de vue, montrant les erreurs politiques qui, d'après lui, sont à l'origine de cette crise, et se demande comment les Brésiliens pourraient s'en sortir sans utiliser la violence.
Je voudrais donc vous montrer ce même Brésil, en proie, on le sait, à de très graves difficultés, en partant d'un angle différent, en l'analysant à partir de la grève des camionneurs qui, au moment où j'écris, est en train de se terminer.
Au Brésil, les "caminhoneiros" jouissent d'un grand prestige, parfois considérés comme des héros, ils sont puissants car ils conduisent de grosses machines. Certes, ils sont beaucoup moins favorisés que les propriétaires terriens, mais leur profession est considérée comme digne, c'est une profession d'homme, souvent transmise de père en fils. Beaucoup d'entre eux descendent d'immigrants européens. Nombre de chansons, d'histoires et maintenant de séries TV tournent autour de ces "personnages". On les appelle les "guerriers des routes". Ils sont très populaires.
Mais cette image est, pour eux, très difficile à conserver actuellement. En 2017, Michel Temer, l'actuel président brésilien a fait adopter sa réforme du Travail. Avec cette réforme, tous les domaines économiques ont été touchés par le gel des budgets, décidé pour vingt ans, le système de santé bloqué comme les autres Le camionneur s'est donc trouvé tout à coup sans droits, exploité par les patrons lui imposant des journées exténuantes, pressé de livrer des marchandises en un temps de plus en plus court, stressé par l'intensité du trafic et par l'état des routes non entretenues ; victime aussi d'agressions fréquentes. Si l'on ajoute la dégradation de sa santé, de sa colonne vertébrale surtout, le tableau est bien noir. Le camionneur a perdu tout son prestige et beaucoup d'argent ; et comment protester alors que de nombreux candidats attendent qu'il laisse sa place pour qu'eux, puissent nourrir leur famille ?
C'est donc un camionneur à la recherche de sa puissance perdue qui s'est confronté à un gouvernement sans aucune puissance.
Sans aucun doute, cette grève a été favorisée, impulsée même, par les patrons. Les réajustements successifs du prix du diesel leur devenaient insupportables. Ils espéraient qu'une intervention militaire (attendue par beaucoup de gens de droite) viendrait automatiquement arrêter cette grève et donc aussi la paralysie qui touchait le pays tout entier. Mais l'armée n'a pas suivi !
Cette grève a tout de même été un test important : il n'y avait jamais eu une telle "paralysie" du pays. Pourquoi le système de santé, par exemple, n'imiterait-il pas les camionneurs ? Et les autres ? on devrait avoir bientôt la grève des taxis… Cette grève serait difficle à faire, les travailleurs sont fragilisés par la réforme du travail qui impose des horaires très exigeants et des moyens financiers fort réduits, avec aussi la suppression des aides sociales telles que la "Bolsa Familia", allocation incitant les familles à envoyer leurs enfants à l'école. Mais cette grève des camionneurs a montré qu'il est possible de résister, de lutter.
Il faudra discuter, avec les centrales syndicales, avec les travailleurs parce que rien n'a été résolu. Il faudra préparer des élections, élire un président vraiment démocrate et plus populaire... Il faudra mettre en place une mobilisation électorale...
Donc, un gros travail sur la planche pour nos amis brésiliens qui devront veiller à s'accepter les uns les autres pour ne pas tout gâcher. Nous leur souhaitons donc beaucoup de courage, de garder l'espoir, et nous les assurons de notre solidarité.