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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 17:06

- 1 Le peuple brésilien s'est accoutumé à "affronter la vie" et à atteindre ses buts par la lutte c'est-à-dire en surmontant les difficultés au prix de grands efforts. Pourquoi n'affronterait-il pas aussi le défi de réaliser les changements nécessaires afin de créer des relations plus égalitaires et d'en finir avec la corruption ?

- 2 Le peuple brésilien n'est pas encore parvenu à sa pleine stature. Ce dont nous avons hérité, c'est de l'Entreprise Brésil, composée d'une élite esclavagiste et d'une foule de gens dénués de tout. Mais, du sein de cette foule, se sont levés des leaders et des mouvements sociaux conscients et organisés. Leur rêve ? Réinventer le Brésil. Le processus est parti de la base et on ne pourra plus l'arrêter.

- 3 Malgré leur dénuement et leur vie en marge de la société, les pauvres, dans leur sagesse, ont inventé des chemins de survie. S'ils veulent venir à bout de cette situation critique, Etat et hommes politiques doivent écouter et mettre en valeur ce que le peuple sait bien, ainsi que ce qu'il a inventé. Alors seulement le fossé entre les élites et le peuple sera comblé et notre nation deviendra une et complexe à la fois.

- 4 Le Brésilien a un lien très fort avec l'espérance. Elle est la dernière à s'éteindre. C'est pour cela qu'il a la certitude que Dieu écrit droit avec des lignes courbes. L'espérance est le secret de son optimisme, qui lui permet de relativiser les situations dramatiques, de danser son carnaval, de soutenir ardemment son équipe de foot et de maintenir allumée la flamme de cette utopie : la vie est belle et demain elle peut être encore meilleure.

- 5 La peur est inhérente à la vie parce que "vivre est dangereux" et comporte toujours des risques. Ceux-ci nous obligent à évoluer et ils fortifient notre espérance. Ce que le peuple veut le plus, à l'inverse des élites, c'est une évolution qui rende moins difficile l'accès au bonheur et à l'amour.

- 6 Le contraire de la peur, ce n'est pas le courage. C'est la foi : croire que les choses peuvent être différentes et que, si nous nous organisons, nous pouvons progresser. Le Brésil a montré qu'il n'est pas valorisé seulement par son carnaval et par le football ; mais aussi par son agriculture, son architecture, sa musique et par son inépuisable joie de vivre.

Leonardo Boff

Adital 22 novembre 2011

Repris dans les EV 79 d'avril 2012

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 17:15

Le 18 décembre 2011 l’église des Cordeliers, à Lons le Saunier, était le lieu de rendez-vous des fidèles et des amis de Gaby Maire, prêtre assassiné au Brésil il y a vingt-deux ans

 

Chacun avait bien conscience que toutes ces veillées de Noël faisaient revivre le souvenir de ce prêtre qui avait compris qu’en marchant au rythme de ses valeurs il trouverait la Vie. Mais c’était la mort qui était au rendez-vous, commanditée par des personnes que ce prêtre gênait. La mort d’un homme mais pas le silence sur la vérité que ce crime entendait bien déguiser.

 

Après le repas pris en commun dans les locaux de la paroisse St Luc, Bernard Colombe, de retour du Brésil, nous donnait les nouvelles espérées. En effet, ce prêtre lyonnais, compagnon de Gaby Maire il y a trente ans à Vitoria, précisait que le procès, enregistré dès 1990, puis annulé en 2007, allait être repris au niveau de la Cour d’Assises, avec un juge attentif à l’impartialité de la Justice, et trois personnes de la société civile. Des pétitions sont envoyées aux avocats brésiliens pour bien montrer la confiance que tous les amis français accordent à la Justice brésilienne.

 

Si, dans les années 70, un slogan affirmait : "l’Eglise c’est nous", Gaby Maire, fondateur du Mouvement des Citoyens Populaires du Monde, élargissait la portée de sa mission. Pour illustrer la mutation de la société brésilienne, le conférencier parlait d’un pays bien décidé à s’ouvrir au monde : les Journées Mondiales de la Jeunesse, les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football. Le Brésil veut présenter un visage ouvert, s’efforçant de combler le retard imposé par les grands propriétaires, qu’ils soient industriels ou ruraux. Ceux qui animaient les mouvements populaires ont pu être rassurés par l’arrivée au pouvoir des députés du Parti des Travailleurs et du président LULA, mais Bernard Colombe a observé que ces acteurs de la vie civile sont devenus les consommateurs de ce qui leur a été proposé : la revendication sociale semble différée, quand le Brésil sera devenu la grande puissance espérée. Le catholicisme reste un élément important et s’il n’est plus à la base des revendications sociales, il demeure une référence, fragilisée par d’autres religions qui sont tour à tour "essayées", "appréciées" pour leur dynamisme. Nous avons en France des échos de ce qui ralentit la poursuite du mouvement des "paysans sans terre", des projets de grands travaux qui empiètent sur les terres des Indiens. Nous gardons à l’esprit ce que disait un sage :

"Un arbre qui tombe fait plus de bruit

qu’une forêt qui pousse"

Maryse Marchand

 

Dans les EV 79 d'avril 2012

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 21:19

Antoine Guérin était venu nous parler du Brésil lors de l'Assemblée générale de 2002. Il a envoyé l'an dernier une lettre de Noël à ses amis de France. Nous vous en donnons des extraits.

 

"Bien chers amis et amies.   

 Au début de l’année 1970, avec Bruno, nous débarquions au Brésil. (…) Quarante ans après j’aimerais évoquer ces débuts à Recife.

Les quatre premières années ont été sûrement les plus denses, les plus riches et les plus heureuses de ma vie. En effet, Dom Helder Câmara, qui avait demandé au Prado d’envoyer deux prêtres français pour travailler en milieu populaire, a accepté que pendant plusieurs années nous puissions vivre dans un quartier pauvre et travailler de nos mains pour pouvoir connaître ce peuple et communier plus profondément à sa vie, ses joies, ses souffrances, sa culture, sa religiosité et ses espoirs. Éliane, une Brésilienne, m’avait dit :" On ne peut parler de Jésus-Christ à des gens dont la seule préoccupation est de manger ! " C’était un appel à partager, à vivre avec, à sentir dans la peau et dans le coeur ce que ces masses d’exclus vivaient et ressentaient. (…) Bruno trouva un emploi d’aide-maçon pour reconstruire les trottoirs de la ville et moi je fus embauché dans une usine de fabrication de piles électriques de 1 200 ouvriers.

Les quatre années apparemment perdues du point de vue de l’action, nous ont fait gagner beaucoup de temps. Années d’osmose et de nouvelle naissance : (…) en vivant au jour le jour le quotidien des familles : Allerchercher l’eau en bas de la colline à la fontaine publique, prendre les bus entassés les uns contre les autres, faire le marché, apporter les ordures au brûleur public, faire la queue pendant des heures pour une visite médicale, jouer aux dominos avec un groupe d’hommes, participer aux fêtes et aux deuils, regarder la télévision chez les voisins...

La présence d’un prêtre au travail a éveillé rapidement l’attention de toute l’usine, car des ouvriers m’ont vu célébrer la Messe dans la chapelle du quartier. Que de dialogues avant, pendant et après le travail. (…) Tout cela pendant la dictature militaire !

Avec Bruno, nous ne nous faisions pas d’illusions : la pauvreté que nous avions choisie ne serait jamais celle de nos voisins et de nos compagnons de travail. (…) Oui, nous serions toujours riches et étrangers ! Ce qui est sûr, c’est que tous ces exclus avec lesquels nous avons vécu nous ont beaucoup enrichis et évangélisés.

 (…) Aujourd’hui, je suis toujours dans le Nordeste brésilien, dans une paroisse populaire de la banlieue de João Pessoa, bien conscient de mes limites et en même temps de la mission qui m’est confiée : semer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ dans le coeur de personnes qui ont soif de justice et de respect de leur dignité! (…) Vous vivez les uns et les autres dans des contextes bien différents. Cependant nous savons tous que les causes de la pauvreté et de la misère sont pratiquement les mêmes dans le monde. Comme le proclamait Dom Helder Camara : "Dans les pays riches comme dans les pays pauvres, il faut réaliser une révolution structurelle, car les pauvres des pays riches et les pauvres des pays pauvres souffrent des mêmes maux."

À tous et à toutes, je souhaite un Noël de vraie joie et de vraie paix pour que cette année qui va s’ouvrir soit belle."

Antoine Guérin

Tiré des EV n°76

 

 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 21:17

Tibhirine                             Vitòria

Les Moines                           Gaby

La même foi, le même amour, le même destin

Ce film d'une grande intensité, d'une grande sobriété et de beaucoup d'humanité est bouleversant. C'est ce qu'expriment tous les spectateurs qui vont le voir en si grand nombre.

Les paysages sont magnifiques, les acteurs formidables, vivant tellement leurs rôles qu'on oublie qu'ils sont seulement des interprètes.

Pour moi, ce film a été particulièrement émouvant car je ne pouvais m'empêcher de faire le parallèle entre les moines et Gaby.

On découvre la vie au quotidien de ces hommes de foi qui travaillent la terre, prient, soignent les malades. On sent leur respect pour leurs voisins, leurs frères musulmans, l'écoute et le soutien qu'ils leur apportent et le même respect teinté d'admiration de ces voisins pour ces hommes, ces moines, qui partagent leur vie, joies et peines.

Mais la vraie question au cœur de ce film est :

Doit-on partir ? Doit-on rester au risque de notre vie ?

Des discussions s'engagent entre eux sur ce sujet, vives et passionnées. Ils expriment alors leurs doutes, leurs peurs, s'interrogent sur leur engagement et le sens de leur possible mort. Ils finissent par choisir la solidarité et décident de rester dans le monastère. Ils ont compris qu'ils faisaient don de leur vie et sont restés pour témoigner de ce que sont la fraternité, le partage, le respect et parce que leur départ pourrait être vécu comme un abandon.

Le même dilemme s'est posé à Gaby, mon frère tant aimé, mais les moines étaient neuf. Ils pouvaient échanger, se réconforter, s'aider mutuellement afin de supporter leur inquiétude, leurs angoisses, leur souffrance et parfois aussi leur espoir…Gaby, lui, était seul devant tout cela !

Dans son journal intime qui m'a été remis après sa mort, il écrit :

-       en avril 1989 – "Solitude, solitude, solitude…cette solitude est très dure, ma famille est loin et je ne peux leur parler, je ne voudrais pas les inquiéter".

-       Et en août 1989 – "Beaucoup de gens me disent de partir, de quitter Vitòria, au moins un certain temps (c'était tentant) mais il était important de rester pour témoigner avec eux tous. Je ne pouvais pas les abandonner".

Lui aussi était lucide et savait ce qu'il risquait. Au cours d'une des dernières messes célébrées à Port-Lesney au sanctuaire Notre Dame de Lorette en août 1987, lors de son dernier séjour en France, il dit dans son homélie de prier pour ceux qui luttent pour la justice au risque de leur vie. Nous en parlons ensuite tous les deux : "Gaby, après t'avoir entendu, j'ai vraiment peur pour toi, tu sais que cela peut t'arriver à toi aussi…"

Sa réponse : "Bien sûr que j'en suis conscient mais tu sais, toi aussi, que le risque, je l'ai pris en partant".

Christian de Chergé, le Père Abbé, m'a beaucoup rappelé Gaby : la même force intérieure, la même force de conviction et de persuasion, la même exigence pour lui-même et de ce fait, une grande influence sur les autres.

"Tous, les Moines comme Gaby, n'ont pas choisi de mourir mais d'Aimer"

Marie-Thérèse Maire

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 21:01

 

Nous lançons aujourd'hui le 19 mai 2010 notre cri de LUTTE et non pas de GUERRE. Nous luttons aujourd'hui comme toujours pour la terre qui nous a été arrachée.

 

Cette Terre a été usurpée par le pouvoir dominant au moyen de traités et de documents qui n'ont jamais reçu le "sceau de la vérité et de la justice". Nous luttons aussi pour la reconnaissance de la nation indienne (…) parce que pour ces traités qui parlent de distribution et de démarcation de nos terres ils ne nous ont jamais demandé notre avis car ils savaient que c'était une spoliation. Simplement, le lendemain matin, apparaissaient de nouveaux maîtres de notre terre sacrée avec des documents forgés la veille et avec l'aval des gouvernants de chaque époque.

IndienCe fut ainsi, mes frères, que, pendant des décennies, nous avons perdu nos terres et que aujourd'hui, étranglés par cette tyrannie, nous n'allons pas nous taire, taire ce cri de "assez" d'un peuple né dans ce pays, de cette nation rendue forte par la clameur la plus valeureuse, celle de la survie, de la préservation de la vie et de notre culture qui nous a été transmise par nos ancêtres, et par le Père Créateur du Monde et de ces terres et pour qui il n'y a pas de différence de race ou d'ethnie : ce qui devrait exister ce serait la coexistence pacifique de l'humanité. (photo Adital 30 sept. 2009)

Mais l'homme blanc n'a jamais voulu cela. Sa soif de pouvoir, de domination politique, cherche lâchement à étouffer ceux qui, selon l'ordre naturel et divin, sont arrivés les premiers sur ce sol, et grâce à ce sol ont survécu pacifiquement jusqu'à l'arrivée et la prise de possession de ceux qui, non seulement tentent de nier notre droit à ce sol, mais encore, cherchent à nous décimer alors qu'on nous refuse l'assistance que l'on nous doit selon la Grande Charte de ce pays.

Et maintenant, quand même ils nous attaquent, frappant vieillards, femmes et enfants sans défense, ils cherchent, par des médias largement rétribués, à déformer les faits, maquiller la vérité, nous accusant lâchement d'avoir provoqué l'affrontement. L'affrontement, mes frères, c'est quand deux groupes luttent entre eux, mais quand un côté seulement possède de puissantes  armes de gros calibre et attaque l'autre qui est sans défense, cela a un nom bien précis. Lâcheté, tuerie, crime odieux, crime qui devrait être sévèrement puni. Mais pourquoi (…) l'autorité qui devrait protéger les gens sans défense et faire appliquer les lois afin de faire régner la justice, est, devant ces massacres, sous les ordres des dominants, c'est-à-dire les gouvernants du moment ou les ex-gouverneurs.

Retenons bien ce jour, mes frères, car cette date,  nos fils s'en souviendront : tous les peuples de quelque ethnie qu'ils soient dans le monde entier, Indiens ou non sauront que, dans le Mato Grosso du sud (…) il y a un peuple qui, conscient de ses droits à la vie, à la dignité, à la liberté de vivre sur les terres qu'il a reçues (…) en héritage, lutte pour pouvoir seulement vivre en paix sur ces terres pour retrouver ce qui nous a été arraché. (…) Ici et à partir de maintenant, nous écrirons un chapitre de plus à notre histoire, faite à la fois de vie intense et de souffrance, afin que l'humanité future connaisse la réalité des faits et les atrocités dont notre peuple, une fois de plus, a été victime de la part des forces politiques infâmes et sans scrupule de ce pays. Et ce sera, avec ce sentiment, et unis par la grâce de nos chefs spirituels et par le sang versé par notre peuple, que nous sèmerons notre espérance de la reconquête de notre dignité et que nous aurons à récupérer nos terres puisque ce sera notre héritage.

Que notre Ituko-Oviti nous bénisse.

Tiré des EV n°76

 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 20:02

Depuis de nombreuses années Henri Burin des Roziers, avocat, est un acteur incontournable de la lutte pour la terre destinée aux pauvres dans l'Etat du Para. Il vient de nous envoyer le texte qui suit, illustration de la situation sociale de cet Etat :

C'était ton rêve doré

Ton plus grand désir

Voir le peuple libéré

Pour un monde de justice

Où tous sont égaux

Où personne ne souffre plus

Du poids de l'oppression.

Un temps sans brimade

Tous rassasiés,

Amis se donnant la main.

Hommage d'Expédito assassiné en 1991 à João Canuto assassiné en 1985 - Para

 

Cet Etat du Para, au nord-est de l'Amazonie, est connu à la fois pour ses gros propriétaires terriens (fazendeiros) prêts à tout pour garder leurs privilèges et pour ses militants prêts à donner leur vie pour que cette terre soit répartie équitablement.

Expédito et João étaient de ces derniers et nombreux sont ceux qui tombent encore maintenant sous les balles des fazendeiros ou de leurs tueurs à gage. On se souvient de l'assassinat de Sr Dorothy en 2005.

Le Comité Rio Maria veut exercer une pression sur le gouvernement brésilien afin de l'amener à faire la lumière sur les crimes commis contre les leaders syndicaux paysans de cet Etat. C'est un groupe dont l'action s'inspire de la "non-violence agissante" et qui s'oppose aux grands propriétaires terriens  par la seule pression sociale. (D'après "Frère Henri Burin des Roziers, avocat des sans-terre" de Bernadette Toneto (Cerf) p. 71 – Le poème ci-dessus était à la p. 57 de ce même livre.)

D'autres militants (membres de la Via Campesina, du Mouvement des sans terre, des organisations sociales, des juges, des procureurs ou parlementaires etc.) emploient la même méthode non-violente pour lutter contre le travail esclave. Sur la photo ci-contre, pour dénoncer ces atteintes à la dignité des hommes, femmes et même enfants,  ils ont planté plus de cent soixante croix portant les noms des entreprises qui ont été prises en flagrant délit, retenant des travailleurs contre leur gré et sans les payer. (Photo Sakamoto 27 mai 2010– Reporter Brasil )

Le Veau d'Or

"Assistant à la Cavalcade de l'ouverture de la Foire aux bestiaux de Xinguara, le 18 septembre 2010, j'ai été impressionné par le caractère grandiose de l'événement, les innombrables chevaux costumés avec leurs cavaliers et amazones, les charrettes, les anciens véhicules tirés par des bœufs très puissants…jusqu'à une image de Notre Dame d'Aparecida, avec un présentateur professionnel en prière.

J'ai observé la prestation de plusieurs fazendas, notamment celles appartenant au "Groupe Quagliato".

En premier, le cortège de la Fazenda Rio Vermelho, très beau, avec un nombre important d'animaux et une banderole félicitant le peuple de Xinguara. A ce moment-là je me suis souvenu que, au sein de cette fazenda il y a 2 000 ha de terres publiques appartenant à l'Union Fédérale et que le Groupe Quagliato s'est indûment appropriés. Il m'est aussi revenu à la mémoire que cette propriété avait été déclarée cette année " improductive" par l'INCRA (Institut National de la "Colonisation" et de la Réforme Agraire) comme ne remplissant pas sa fonction sociale, étant donné l'existence de 11 000 ha non utilisés et déboisés illégalement, et contre laquelle de nombreuses dénonciations de travail esclave ont été déposées depuis 1980.

Ensuite ce fut le tour de la Fazenda Brasil Verde, spectacle également très joli, avec des animaux splendides, beaucoup de décorations et une banderole où on lisait : "Félicitations au Syndicat Rural". Cette fazenda a aussi été la cible de plusieurs dénonciations pour travail esclave, lesquelles ont même donné lieu à un procès criminel transmis maintenant  à la Commission des Droits de l'homme de l'OEA (Organisation des Etats d'Amérique).

Peu après venaient la Fazenda Colorado et la Fazenda São Sébastião. Comment ne pas me souvenir que la fazenda Colorado aussi a été dénoncée pour sa pratique de travail esclave ? Et que, tout comme les fazendas Rio Vermelho et Brasil Verde elle figure maintenant sur  la "Liste Noire" du Ministère du Travail ? Cette "Liste" énumère toutes les propriétés qui ont été prises en flagrant délit de mise en esclavage de travailleurs.

A la fin venait la Fazenda Santa Rosa avec un grand et beau cortège qui me fit me rappeler que, de même que la fazenda Rio Vermelho, cette année-ci, la fazenda Santa Rosa a été classée comme "improductive" par l'INCRA, étant donné qu'elle ne remplissait pas sa fonction sociale.

On remarquera que la pratique de "crimes contre l'environnement" a été constatée dans plusieurs propriétés du "Groupe Quagliato".

Face à cela, je me suis mis à réfléchir en me demandant quelle prière pourrait être faite à Notre Dame d'Aparecida. Le "Groupe Quagliato" est très riche, avec des propriétés dans les Etats du Para, de Goiàs et de São Paulo, mais, d'où vient cette richesse ? Cet enrichissement n'aurait-il pas été le résultat de la sueur et des larmes du peuple ? S'agit-il d'un enrichissement réellement juste ?

Que serait le sens de cette prière à Notre Dame ? Serait-ce que tous ces gros propriétaires, membres du Syndicat Rural, priaient pour que cet enrichissement injuste – selon l'Evangile – perdure ? Dans cette région, le bétail ne serait-il pas aussi devenu une idole comme le veau d'or du Livre de l'Exode (Ex, 32, 1-8) ?

(…) A Santana do Araguaia, on peut voir une grande sculpture de la Bible, devant laquelle, à quelques mètres, il y a une immense statue d'un bœuf. Que choisir : le veau d'or ou la parole de Dieu ? Le livre de l'Exode dit que le peuple de Dieu, dans son cheminement vers la Terre Promise, s'est révolté contre Dieu qui les avait libérés d'Egypte parce que Sa Loi – différente de la loi des hommes – était trop dure et pour cela ils en étaient venus à adorer le veau d'or. " (Ci-contre, sculpture du XVIIIème siècle avant Jésus-Christ – Byblos)

Le veau d'or ne serait-il pas devenu, dans cette région aussi, le dieu de beaucoup de gens ?

Xinguara (Para) le 27 sept. 2010

Fr. Henri B. des Roziers   Avocat de la Commission Pastorale de la Terre 

 

"On peut se demander, puisque ces justiciers sont si fous avec leurs envies de tuer, pourquoi n'exigent-ils pas aussi la peine de mort contre l'injustice sociale ? Est-il juste ce monde qui, à chaque minute, dépense trois millions de dollars pour les dépenses militaires, alors qu'à chaque minute, quinze enfants meurent de faim ou de maladies qui pourraient être soignées ? Contre qui la dénommée communauté internationale s'est-elle armée jusqu'aux dents ? Contre la pauvreté ou contre les pauvres ?"

Eduardo Galeano, écrivain uruguayen

  Tiré des EV n°76

 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 19:35

"Je ressens une aversion instinctive et viscérale vis-à-vis de la violence et de la corruption"

 Maître Ewerton Guimarães (6 avril 1949 – 22 mai 2002)

 

 

Maître Ewerton était l'avocat de la famille Maire pour le procès de Gaby et c'est avec lui que nous commencerons ce "dossier" sur les "résistances" au Brésil. En effet, résistant, il l'a été pendant les années de la dictature. Voici une anecdote que nous avons trouvée dans le petit livre "Ewerton Guimarães" de la collection "Grands Noms de l'Espirito Santo" que ses enfants ont eu la gentillesse de nous transmettre :

C'était lors d'une manifestation d'étudiants, en 1968 (Eh oui ! au Brésil aussi !) Certains rapportent qu'un policier de haut rang, très arrogant, le portrait même du militaire intransigeant, José Dia Lopez (que l'on surnommait Le Paon) avait abordé Ewerton qui lui avait répondu en s'adressant à lui comme "Monsieur le Paon". Celui-ci lui avait alors envoyé un coup de poing et, du même coup, l'avait aussi envoyé en prison. Ewerton n'a jamais pardonné à Zé Dia Lopez. Et c'est sans doute à la suite de cet incident qu'il s'est fait le porte-voix de la rébellion.

D'autres racontent que cela ne s'est pas passé de cette façon, mais que Zé avait montré ainsi son désaccord avec les articles qu'Ewerton écrivait alors en tant que journaliste, lesquels n'allaient pas du tout dans le sens des gouvernants de cette époque où la dictature était au pouvoir.

Par la suite, Ewerton a continué à résister en s'attaquant aux "Escadrons de la Mort", à la fois par ses articles, ses enquêtes et le livre qu'il a écrit : "A chancela do Crime" c'est-à-dire "Le Sceau du Crime". L'assassinat du Père Gabriel Maire l'a conforté dans sa thèse de l'existence de ce gang du crime organisé. Mais sa "résistance" lui a coûté cher, ainsi qu'à sa famille, puisqu'ils ont dû vivre plusieurs années sous la menace des représailles des "Escadrons de la Mort".

Mais ce verbe "résister" ne s'emploie pas qu'au passé et nos amis de l'Espirito Santo le savent bien, eux que l'on retrouve dans tous les combats pour les droits de chaque "Homme".  

 

proces-Gaby.jpgQu'il s'agisse de faire respecter la justice en luttant contre la corruption et l'impunité (photo : procès de Gaby, 15 août 2008 avec Bernard Maire, deuxième en partant de la gauche) ou bien de dénoncer les conditions déplorables d'incarcération des enfants, noirs surtout, et pauvres ; là, nos amis avocats, Verônica, Bruno, mais pas eux seuls, sont au premier rang et ont dû aller jusqu'à l'Organisation des Etats Américains et jusqu'à l'ONU pour faire entendre des voix qui, ordinairement, ne parviennent  jamais jusqu'à ces instances.

 Ces amis sont aussi partie prenante d'autres "résistances" qui ne sont pas particulières à l'Etat de l'Espirito Santo et dont nous donnerons des exemples dans les pages suivantes ou dans les prochains EV. Quand il s'agit de combattre contre les violences faites aux femmes, aux enfants, aux Indiens, aux Noirs, aux immigrés, aux pauvres et de donner leurs chances à ceux qui sont porteurs d'un handicap… ils sont "présents".

Tiré des EV n°76 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 16:43

Bernard Colombe connaît bien les Brésiliens puisque lui aussi a été prêtre à Vitòria, en équipe avec Gaby. Il nous explique ici comment le peuple brésilien a été amené à mettre en oeuvre ces multiples "résistances" en vue d’arriver à se libérer de diverses oppressions.

 

Le mot Résistance apparaît dans un texte de Leonardo BOFF paru le 20 septembre 2010 dans "Adital". Il dit que les Brésiliens résistent de diverses manières et en particulier par leur inépuisable espérance : Si Dieu veut, les choses vont s'améliorer.

Après la période que Gaby a connue, où on s'encourageait à voir et faire émerger les moments et les lieux de libération et où l'on célébrait, dans la foi, la sortie d'Egypte renouvelée, les résistances d'une partie de la société brésilienne aux changements ont fait apparaître, par contrecoup, le même mot résistance, du côté du peuple cette fois, comme une attitude positive. Il devait résister, à défaut de pouvoir se libérer vraiment, totalement. Cela gardait une posture d'action, ça s'opposait à la passivité toujours possible et bien explicable. Il fallait défendre pied à pied les petites victoires, empêcher qu'elles soient contournées par les tenants des pouvoirs.

Résister paraissait moins ambitieux, plus réaliste, que libérer. Et pourtant, il s'agit bien là d'un aspect d'une libération qui ne peut manquer : la libération intérieure.

Résister par des actions sociales et organisées, certes, dans le domaine du travail, des soins, de l'école, de la vie municipale : les Echos de Vitoria nous rapportent ces actions continues, répétées, réinventées.

Mais pour tenir bon dans ce combat sans fin, il faut être fort à l'intérieur, pas seulement fort parce que nombreux, mais fort parce que dans le vrai, dans le juste, dans le solidaire.

La bataille idéologique, par médias anciens et nouveaux interposés, est au Brésil, me semble-t-il, plus sournoise et plus violente à la fois : la conquête de la pensée de l'autre ne recule devant aucun sacrifice financier.

Une pensée qui résiste, parce qu'elle discerne avec d'autres les enjeux de cette bataille, vaut de l'or.

Espérons que ces chercheurs de cet or ne seront jamais prisonniers d'un puits éboulé. Ou alors : creusons sans fin Ils résistent, rapprochons-nous !

Bernard Colombe

Tiré des EV n°76

 

 
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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 09:26

Demandez-la !

 

EV76

En grande partie, ce numéro 76 est centré sur les "résistances" de Brésiliens à tout ce qui avilit l'homme. Bien sûr, faute de place, nous n'avons pu faire le tour de ces "résistances" présentes dans tellement de domaines. Nous continuerons probablement dans le n° 77 d'avril 2011, à moins qu'une actualité plus brûlante ne change nos projets.

Bonne lecture.

 

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Présentation

  • : Les amis de Gabriel MAIRE
  • Les amis de Gabriel MAIRE
  • : L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.
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A partir de novembre 2014, le blog devient bilingue. Les pages pour nos amis brésiliens sont visibles à partir du lien "Em portuguès" N'hésitez pas à vous inscrire ci-dessous pour être informé des mises à jour. Merci !

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