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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 16:37

Bonjour, c'est avec beaucoup de tristesse que nous apprenons, aujourd'hui même, 13 avril 2012, le décès de notre ami Joseph Tribut. Ami de Gabriel Maire, et premier Président de notre association, il avait su associer les souvenirs et l'affection qui le rattachaient à Gaby, avec sa responsabilité de défenseur de sa mémoire, en agissant inlassablement pour que le procès puisse se tenir et pour que ce qu'avait entrepris Gaby se réalise peu à peu.

Nous savons que toute la famille Tribut gardera présente cette mémoire fidèle, et l'assurons que les Amis de Gaby Maire feront souvent référence au dévouement de Joseph.

 

Maryse Marchand, avec Michel et Claudette

 Joseph-Tribut.jpg

Joseph (à droite) sur la tombe de Gaby en juin 2007

 

 

 

Adieu, Dedeph
C'est ainsi qu'on appelait, dans l'intimité, Joseph Tribut, notre cousin, qui nous a quittés ce 13 avril.

Ce fut lui le premier Président de l'association "Les Amis de Gabriel Maire", de 1990 à 1993. Nous l'avions choisi car il était très proche de Gaby et était le mieux placé pour donner sens et esprit à cette association que nous voulions dans la ligne de Gaby.

Il a toujours été présent et très actif, nous éclairant par sa sagesse et son bon sens lors des décisions difficiles et cherchant la paix dans tous les débats au cours des réunions du CA qu'il ne manquait jamais.

C'est la grave maladie déclarée il y a deux ans qui l'a obligé à arrêter, hélas, mais il continuait à s'intéresser et à suivre l'évolution de cette association qui lui tenait à coeur.

Nous sommes dans la peine et la tristesse avec sa famille, mais il nous accompagnera toujours.

Merci, cher Dedeph et adieu ou au revoir.

 

Marie-Thérèse MAIRE

 

Dans le EV 79 d'avril 2012 

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 20:39

Henri Burin des Roziers nous invite à lire cette interview parue dans la Croix le 23 mars 2012


tp://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Gustavo-Gutierrez-pere-de-la-theologie-de-la-liberation-_NP_-2012-03-23-781578
 

Il est l’un des théologiens les plus importants du XXe  siècle. Le dominicain péruvien explique pourquoi il a consacré sa vie à la rencontre de Dieu et du pauvre

Il s’est avancé, un peu las, un peu ailleurs, a posé sur un coin de table sa canne noire qui ne le quitte pas, s’est assis. De passage à Paris à l’occasion des cinquante ans du Comité épiscopal France-Amérique latine (CEFAL), Gustavo Gutiérrez, considéré comme le « père » de la théologie de la libération, a déjà rencontré des missionnaires, des étudiants et des professeurs de l’Institut catholique de Paris, des responsables du Secours catholique, des partenaires du CCFD.

Ce matin, dans le grand salon de la maison provinciale des Sulpiciens où il séjourne, il évoque à nouveau cette théologie qui a profondément marqué l’Église latino-américaine. En revanche, parler de lui n’est pas dans ses habitudes. Pourtant, en cette matinée où le printemps éclaire les murs vieillots de la pièce, ce petit homme simple et attachant accepte de faire le récit de sa vie. La rencontre a duré près de trois heures. Elle aurait pu se poursuivre. Gustavo Gutiérrez n’était plus fatigué.

Né à Lima (Pérou), il a tout juste 12 ans lorsqu’une ostéomyélite le cloue au lit plusieurs années. « Il n’y avait pas d’antibiotiques. J’étais élève chez les frères maristes. J’ai dû quitter l’école. »  Il étudie à la maison, joue aux échecs, lit. « Mon père était un grand lecteur , se souvient-il. Il m’a sans doute influencé. Je dois également tenir de lui pour le sens de l’humour dont il faisait toujours preuve malgré nos difficultés. » 
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« J’ai choisi de devenir prêtre »

À 15 ans, il découvre ainsi Pascal, qui le marque durablement. Et peu après, Histoire du Christ  de Giovanni Papini, qui le touche profondément. Il s’intéresse aussi à la philosophie et à la psychologie, via les écrits de Karl Jaspers et d’Honorio Delgado. 

Le désir de devenir prêtre, qui l’a habité au début de sa maladie, l’a alors quitté. Il a néanmoins rejoint, à 14 ans, le Tiers-Ordre franciscain. « La pauvreté était déjà présente dans ma vie d’enfant de famille modeste, marginalisé par la maladie, et dans mes choix » , constate-t-il aujourd’hui.

À 18 ans, il peut enfin aller à l’université pour y étudier la médecine (avec le désir de devenir psychiatre), ainsi que la philosophie. « Membre du mouvement universitaire catholique, je participais activement à la vie politique universitaire , se souvient-il. C’est alors que j’ai ressenti dans ma vie des questions interrogeant ma foi. À 24 ans, j’ai choisi de devenir prêtre. L’évêque de Lima, me considérant trop vieux pour le séminaire, m’a envoyé en Europe. »  

À Louvain, il apprend le français, écrit une thèse sur Comment Freud est arrivé à la notion de conflit psychique . Puis il rejoint Lyon pour faire sa théologie. « C’était , relate-t-il, une période difficile dans l’Église de France, mais très riche, qui m’a permis de rencontrer Albert Gelin (dont les travaux sur « les Pauvres de Yahvé » ont orienté mes recherches), Gustave Martelet et des dominicains (Marie-Dominique Chenu, Christian­Duquoc…, ainsi que ceux de ma génération comme Claude Geffré).   

 Bien des années plus tard, lorsque je prendrai la décision d’entrer dans l’Ordre des prêcheurs, l’un de mes amis d’alors, le P. Edward Schillebeeckx, dominicain flamand, m’écrira une lettre qui commençait par : “Finalement !” »  

« Vivre en solidarité avec les pauvres »

En attendant, ordonné prêtre, Gustavo Gutiérrez regagne le Pérou. Nommé dans une paroisse du quartier pauvre de Rimac à Lima et aumônier des mouvements chrétiens, il se consacre à son travail pastoral, tout en donnant des cours à l’université catholique. Mais déjà, une question le hante : comment dire au pauvre que Dieu l’aime ?

En mai 1967, deux ans après le Concile auquel il a participé, il l’abordera devant des élèves de l’université de Montréal, en distinguant pour la première fois trois dimensions de la pauvreté. La pauvreté réelle de tous les jours : « Elle n’est pas une fatalité , explique-t-il, mais une injustice. ».  

La pauvreté spirituelle : « Synonyme d’enfance spirituelle, elle consiste à remettre sa vie entre les mains de Dieu. »  La pauvreté comme engagement : « Elle conduit à vivre en solidarité avec les pauvres, à lutter avec eux contre la pauvreté, à annoncer l’Évangile à partir d’eux. »  

Pour expliquer la suite, il prend son temps, veille à ne sauter aucune étape. « L’année suivante, je devais prononcer une conférence à Chimbote au Pérou. On m’avait demandé de parler de théologie du développement. J’ai expliqué qu’une théologie de la libération était plus appropriée. »  Ce langage théologique, qui prend en compte la souffrance des pauvres, va inspirer les évêques réunis à Medellin (Colombie) pour la deuxième conférence de l’épiscopat latino-américain (Celam).

Théologie de la libération

En mai 1969, Gustavo Gutiérrez se rend au Brésil qui vit alors les heures les plus sombres de la dictature militaire. Il y rencontre des étudiants, des militants de l’action catholique, des prêtres, dont les témoignages vont enrichir sa réflexion qui aboutit à son œuvre maîtresse : Théologie de la libération . « Avant le Concile , précise-t-il, Jean XXIII avait annoncé : l’Église est et veut être l’Église de tous, et particulièrement l’Église des pauvres. »  

Les pères conciliaires, préoccupés par la question de l’ouverture au monde moderne, ont un peu oublié. En Amérique latine, cette intuition a été reprise. Les pauvres commençaient à se faire entendre. « Nous étions alors un certain nombre à y voir un  signe des temps qu’il fallait scruter, comme le demande la constitution  Gaudium et spes. En raison de mon âge, de ma présence au Concile et à Medellin, c’est moi qui ai fait œuvre de théologien. Cela aurait pu être un autre. »  

La libération dont parle Gustavo Gutiérrez n’est pas un programme politique. Elle se situe à trois niveaux qui s’imbriquent. Le niveau économique : il faut s’attaquer aux causes des situations injustes. Le niveau de l’homme : il ne suffit pas de changer les structures, il faut changer l’homme. Le niveau le plus profond, théologal : il faut se libérer du péché qui est le refus d’aimer Dieu et son prochain. 

Quant à la théologie, elle est le moyen de vérifier que l’engagement avec les pauvres est une tâche évangélique de libération, une réponse au défi que la pauvreté pose au langage sur Dieu. Cette théologie se révèle contagieuse. Aux États-Unis dans la minorité noire, en Afrique, en Asie, des théologies des tiers-mondes s’éveillent, portées par un souffle nouveau.

« Leur vie pour les pauvres »

Mais elle se heurte aussi à des oppositions. Les plus violentes viennent des pouvoirs économiques, politiques et militaires, en Amérique latine comme aux États-Unis. Mais elles sont aussi le fait de catholiques qui l’accusent de faire appel, pour analyser certains aspects de la pauvreté, à la théorie de la dépendance qui utilisait des notions provenant de l’analyse marxiste.

Lors de la conférence du Celam à Puebla (1979) qui confirme la vision de Medellin et parle « d’option préférentielle pour les pauvres » , des résistances se manifestent au sein même de l’Église latino-américaine. « Medellin , reconnaît Gustavo Gutiérrez, a été une voix très prophétique qui a provoqué des engagements et des résistances. Mais quand une Église est capable d’avoir parmi ses membres des gens qui donnent leur vie pour les pauvres, comme Mgr Oscar Romero et tant d’autres, il y a quelque chose d’important qui arrive à cette Église ! »  

La théologie de la libération va aussi souffrir des positions du Vatican. En 1984, elle est en effet sévèrement critiquée par la congrégation pour la doctrine de la foi, dont le cardinal Ratzinger était alors le préfet. Gustavo Gutiérrez, comme d’autres, devra s’expliquer. En 2004, au terme d’un processus de « dialogue » de vingt années, le maître de l’ordre dominicain recevra une lettre dans laquelle le cardinal Ratzinger « rend grâce au Très Haut pour la satisfaisante conclusion de ce chemin de clarification et d’approfondissement ».  

Entre travail pastoral et cours de théologie

 « Durant ces années, je pouvais quand même prêcher l’Évangile dans ma paroisse » , précise Gustavo Gutiérrez, qui se consacre alors aussi à ses recherches sur Bartolomé de Las Casas – « un génie spirituel , dit-il, qui a su voir dans l’Indien le pauvre selon l’Évangile »  – poursuit son œuvre théologique et suit de près « la nouvelle présence des femmes, puis des Indiens, sur la scène de l’histoire, de la pensée, dont ils étaient les absents » .

Aujourd’hui, il réside au couvent des dominicains de Lima. Il partage son temps entre son travail pastoral, les retraites qu’il prêche, les cours de théologie qu’il donne à l’université de Notre-Dame (Indiana, États-Unis) et au Studium dominicain à Lille. 

Mais inlassablement, il poursuit également son œuvre théologique, tout en lisant beaucoup, y compris les poètes. « La poésie est le meilleur langage de l’amour , confie-t-il. Faire de la théologie, c’est aussi écrire une lettre d’amour à Dieu, à l’Église que je sers et au peuple auquel j’appartiens. »  

Il achève actuellement un livre consacré à l’option préférentielle pour les pauvres. « La théologie de la libération peut disparaître , assure-t-il, mais s’il reste cette préférence pour les pauvres, nous aurons gagné quelque chose d’important, profondément lié à la Révélation. »  

Puis il ajoute, avec sur le visage comme une gravité claire : « La pauvreté et ses séquelles sont toujours le grand défi de notre temps en Amérique latine et dans bien d’autres endroits du monde. Pratiquer la justice, travailler à la libération des hommes, c’est parler de Dieu. C’est un acte d’évangélisation. »  

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REPERES

Gustavo Gutiérrez en quelques dates

1928 : naissance à Lima.

1951-1955 : études au séminaire Léon XIII à Louvain.

1955-1959 : études de théologie à Lyon. Ordonné prêtre en 1959.

1960 : curé de Saint-François de Paule à Lima. Aumonier des mouvements chrétiens.

1965 : participe à la dernière session de Vatican II. Du 25 août au 6 septembre 1968 : conseiller théologique de la deuxième conférence du Celam à Medellin.

1971 : parution de Théologie de la libération. Puis La Libération par la foi (1985). La Force historique des pauvres (1986). Job, parler de Dieu à partir de la souffrance de l’innocent (1987).

1992 : parution de Dieu ou l’or des Indes occidentales.

2001 : fait profession dans l’ordre des Prêcheurs au couvent dominicain du Saint-Nom à Lyon. Profession solennelle en 2004.

17 septembre 2004 : une lettre du cardinal Ratzinger met fin à vingt années de « dialogue » avec Rome pour clarifier ses écrits.

Martine de SAUTO   
 

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 00:06

Copie d'un texte qui a été rédigé à la suite d'un entretien de Gaby Maire avec Louis de Courcy, journaliste à « la Croix jurassienne », en vue de passer dans les pages de cet hebdomadaire comme interview, en novembre ou décembre 1977

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LE PRETRE ET LA POLITIQUE

 

J'ai 41 ans. Je suis prêtre depuis 1963 : en paroisse de ville, aumônier de classes techniques de lycée et de C.E.T., aumônier de J.O.C.F., animateur d'une communauté de chrétiens de la cité Chabot, quartier H.L.M. De St-Claude. Dans ce qu'on ne considère pas habituellement comme des fonctions de prêtre : participation à l'animation culturelle de la cité Chabot, et secrétaie général du Mouvement Populaire des Citoyens du Monde (M.P.C.D.M.).

Les idées politiques exprimées dans ma famille lorsque j'étais enfant ne sont pas mes idées politiques actuelles. Malgré cela, j'ai pour mon père(décédé) une grande affection et beaucoup d'admiration : le fait d'aimer des personnes aux idées politiques différentes, mais dont on admire la droiture et l'honnêteté, cela m'a appris à rejeter le SECTARISME. Si « tout est politique » , la politique n'est pourtant pas le TOUT DE LA VIE. En plus de la passion de mon père pour la politique, j'ai été marqué, au petit séminaire, par des professeurs qui nous ont appris à être attentifs à la vie et nous ont fait part de leurs rencontres avec la J.O.C. des années 50, avec l'esprit de Mounier, avec « Témoignage Chrétien ».

Quelques événements marquants : -service militaire de 28 mois, dont la moitié en Algérie -Mai 68- rencontre de non violents-long mûrissement(des années) avant de décider de renvoyer mon livret militaire- rencontre avec des »citoyens du monde » par le courrier des lecteurs d'un journal.

Un milieu familial ouvert au sens du service et des responsabilités ; des chrétiens soucieux d'être dans l'Eglise la voix de ceux qui ne s'y expriment pas, de ceux qui la regardent du dehors, et des plus pauvres ; tels séminaristes rencontrés à l'armée ; un ministère auprès des jeunes et des adultes en monde ouvrier : voilà ce qui m'a, lentement mais sûrement, ouvert à la dimension politique de la foi et de mon sacerdoce.

Question :  « Le fait de « choisir » de façon concrète, dans le domaine politique, vous permet-il de remplir votre rôle de prêtre ? « 

 -Une précision : je n'ai jamais été inscrit dans un parti politique. Malgré mes préférences, je ne me sens LIE A AUCUN. D'autre part, vous dites : « remplir votre rôle de prêtre » qu'entendez-vous par là ? Il n'y a pas un seul type de prêtre. Il y a autant de manières d'être prêtre qu'il y a de prêtres !

Ce qui compte, c'est d'annoncer Jésus-Christ. Cette annonce se fait à des gens bien concrets : on ne peut annoncer l'Evangile sans tenir compte de la situation des gens ni des conséquences du regard chrétien sur les réalités sociales et politiques. Un prêtre neutre, pour moi ça n'existe pas. Faut-il faire semblant de ne pas avoir d'idées politiques ? Cacher ce que l'on pense, cela me semble être hypocrite. En mai 68, des prêtres se disaient »neutres ». En fait, ceux qui étaient hostiles aux événements ont considéré ces prêtres comme étant des leurs ; et ceux qui « vivaient les événements » classaient ces prêtres comme défenseurs de l'ordre établi. Pour ma part, je n'ai jamais regretté que l'on sache ce que je pensais à cette époque : c'est à partir de ce moment là que j'ai pu discuter EN VERITE avec des personnes qui ne partageaient pas mes convictions. Il y a partout des gens prêts à vous faire le plus de mal possible en vous collant n'importe quelle étiquette sur le dos, mais partout aussi des gens ouverts au dialogue. Est-ce que ça ne devrait pas être vrai de tous ceux qui se disent chrétiens ? C'est le pluralisme....

Question : « Justement, le « PLURALISME » est devenu un terme officiel dans l'Eglise. Ce terme peut-il vous suffire ? »

J'accepte le terme, à condition qu'on le purifie d'une ambiguité fréquente. S'il s'agit de dire aux chrétiens : « chacun a ses idées, mais n'en parlons pas, aimons-nous bien, prions sans faire allusion à tout ça.... » etc... c'est la pire des choses, et à la limite, trahison de l'Evangile : l'EVANGILE EST VERITE, COURAGE. En aucun cas le Christ n'est l'homme du compromis ambigu.

Par contre, si des chrétiens, TOUS SOUCIEUX DE SE LAISSER REMETTRE EN CAUSE PAR L'EVANGILE, ont néanmoins des options politiques différentes, c'est normal. S'ils acceptent de se renconter ( voire de s'affronter) , de parler ensemble, de prier ensemble, et sans dissimuler les points de divergences, ce pluralisme est bénéfique. Hélas ! À cause de certaines raisons historiques, on a encore du mal à admettre chez les chrétiens que tous ne pensent pas exactement de la même manière. Alors, on cherche à édulcorer l'Evangile pour éviter les affrontements entre chrétiens. Cela ne colle pas du tout avec la mission qui nous est confiée, et c'est en contradiction avec l'attitude des premiers chrétiens, comme avec celle des prophètes et de tant de saints à travers les siècles. SI ON N'OSE PAS SE DIRE LA VERITE FRANCHEMENT, C'EST QU'ON NE S'AIME PAS ASSEZ ! Apprenons à connaître les autres(or, la connaissance des idées politiques fait partie de la connaissance de quelqu'un, y compris d'un prêtre). Mgr Etchegaray a dit, je crois, qu'il fallait dans l'Eglise une « parole crue et drue ». Cela vaut à tous les niveaux. Un scandale, c'est que les chrétiens discutaillent de toutes sortes de détails, mais TRES RAREMENT DU FOND DE L'EVANGILE, dès lors qu'ils savent qu'ils ne vivent pas exactement de la même manière dans le concret.

Question : « l'Evangile peut-il être une option politique  ? »

 Evidemment, NON, C'est en réfléchissant, selon ce qu'il est, selon son histoire, homme parmi les autres, que le chrétien choisit l'option politique qui lui paraît le mieux à même de servir et de défendre ceux qu'il veut servir et défendre. MAIS L'EVANGILE POSE DES QUESTIONS et peut faire remettre en cause ce qui paraissait évidence. Le chrétien peut-il accepter que le profit passe avant l'homme ? Le sort des plus pauvres ( dans tous les sens du mot), pauvres de chez nous, pauvres du Tiers-Monde, peut-il avoir une place autre que la première dans les préoccupations politiques d'un chrétien ? Accepter la fabrication et la vente d'armes capables de détruire les populations civiles par millions de personnes, est-ce conciliable avec le restpect de la vie si fortement affirmé par le Christ ?

Cela dit, aucune option politique ne coïncidera jamais parfaitement avec l'Evangile : un chrétien aura toujours à contester, au nom du regard «  autre » que lui donne sa foi. Il lui faut pourtant CHOISIR, tout en s'efforçant de rester UN HOMME LIBRE : choisir ce qui respecte le mieux chaque personne. Ce n'est pas simple. S'il refuse le matérialisme marxiste, le chrétien constate aussi que le matérialisme pratique dans lequel nous baignons en occident ne favorise guère(c'est le moins que l'on puisse dire) la soif de Dieu, ni le sens de la fraternité universelle.

Question : « Un prêtre, en tant que tel, est-il encore un homme à part, ou doit-il être » dans le monde » ?

La communauté des chrétiens n'a de sens que si elle est missionnaire : une Eglise repliée sur elle-même, préoccupée surtout par ses problèmes internes, devient sclérosée et inutile. Il arrive souvent dans les faits qu'en raison de multiples contacts, à l'occasion d'engagements comme à l'occasion d'actes d'Eglise( préparation au baptême, au mariage...) des prêtres perçoivent mieux que certains laïcs ce qu'attendent de l'Eglise des gens qui la regardent de l'extérieur. J'affirme que ce sont des liens très nombreux avec des gens (jeunes et adultes) qui ne se sentent guère – ou pas du tout- d'Eglise, qui m'obligent constamment à renouveler ma foi, à comprendre mieux ma vocation de témoin de Jésus-Christ. Je me sens obligé de me faire, au sein de l'Eglise, l'écho de ce que ressentent ces personnes rencontrées au dehors.

Question : « Vis à vis de l'autorité de l'Eglise ( Obéissance, vertu d'Eglise), cela ne pose-t-il pas de problèmes à un prêtre comme vous ? »

On n'a jamais essayé de forcer ma liberté. Dire que je me sente toujours compris, c'est autre chose : peut-être parce que je ne sais pas me faire comprendre, peut-être aussi parce que, malgré les déclarations officielles, un vrai pluralisme n'est pas encore vécu dans l'Eglise. La souffrance la plus grande provient de ces incompréhensions, de la part de chrétiens, voire de prêtres. On voudrait me faire passer pour sectaire, alors que je crois que la tolérance est une vertu essentielle (d'autant qu'elle se fait rare). Je suis passionné dans ce que je fais, et cela peut choquer : pourtant je pense que celui qui CROIT ne peut pas vivre autrement qu'avec passion (« Je vomis les tièdes », dit Jésus). Etre LIBRE, vouloir le rester, quoiqu'il en coûte, cela fait courir des risques, y compris dans l'Eglise. Mais cela est fondamental. C'est pour cela que j'admire tant, par exemple, un évêque comme Dom Elder Camara : il est « inclassable », il le dit lui-même.

Par contre, j'éprouve aussi de grandes joies. Je n'ai pas l'impression de vivre deux vies séparées, celle d'un militant et celle d'un prêtre. Ma présence dans des organisations culturelles à Saint-Claude (Amicale de Quartier), ou d'ordre politique ( secrétaire du Mouvement populaire des Citoyens du Monde) me fait vivre prêtre en partageant ce que ressentent un grand nombre de personnes. Je ne veux pas me servir de la fonction au M.P.C.D.M. pour faire du prosélytisme chrétien, pas plus que je ne veux utiliser mes activités de prêtre(catéchèse, homélie...etc...) pour faire de la publicité pour le M.P.C.D.M. -Mais il est vrai que le fait que je sois à la fois prêtre et militant d'un mouvement pose question à certains. Pour moi, c'est une bonne chose ; dans la mesure où j'essaie de rester fidèle à cette ligne de conduite : ne jamais imposer mes idées aux autres, mais aider ceux-ci à réfléchir, à devenir des hommes libres et responsables. Telle est, en conscience ma mission de prêtre. C'est aussi ce que je tente de faire au M.P.C.D.M.

 EN CONCLUSION : Je souhaite qu'on s'habitue à connaître les options de chaque prêtre sans croire qu'il veut imposer ses idées. C'est l'apprentissage de la liberté dans l'Eglise, donc d'une franche diversité. Je souhaite surtout que les communautés chrétiennnes, prêtres et laïcs ensemble, deviennent plus prophétiques, en actes, pour que « La parole » devienne plus crédible.

 

Saint-Claude le 24 octobre 1977

 

GABRIEL MAIRE

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 21:53

Dimanche 18 décembre 2011

 à     Lons le Saunier 

 

 

·       10 h 00, messe à l'église des Cordeliers 

·      Partage du verre de l’amitié après la messe

·     A midi, repas tiré du sac à la salle Saint Luc à la Marjorie

·     Vers 14 heures 30, au même endroit :

Bernard Colombe, qui a été prêtre à Vitòria avec Gaby nous racontera son voyage récent au Brésil et comment nos amis de l'association brésilienne s'engagent pour accélérer la tenue du procès en assises à Vitòria.

 

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 15:07

Discours prononcé par Claudio Vereza, député de l'Etat de l'Espirito Santo,  à la Chambre des  Députés lors de la session du 1er octobre 2011

(…) Le dimanche 30 septembre s'est déroulée la Marche de l'Espirito Santo contre la Violence et l'Extermination de Jeunes, lors des commémorations de la Journée nationale de la Jeunesse et du vingt-cinquième anniversaire de la Pastorale des Jeunes, la PJ.

Ma première participation à la vie communautaire, c'était dans un groupe de jeunes, exactement en 1970, alors que j'avais vingt ans. A ce moment-là, j'étais déjà depuis cinq ans en fauteuil et (…)  je faisais partie de la bande de copains de mon frère Ricardo Vereza qui avait cinq ans de moins que moi. Il m'aidait à me déplacer dans la vieille Kombi de mon père pour aller aux diverses réunions de jeunes dans les quartiers de Vila Velha : Aribiri, Ataide, Cobilândia ; et ainsi de suite.

Je suis passé ensuite du groupe de jeunes au mouvement communautaire de Aribiri, une sorte d'association d'habitants et je n'ai jamais cessé d'y participer.

J'ai été très ému de participer à la Marche de l'Espirito Santo contre la Violence et l'Extermination de jeunes dimanche dernier. Trente mille jeunes ont marché depuis la plage de Camburi, conjointement avec les marcheurs d'Octobre Rose (marche contre le cancer du sein ndlt) jusqu'à la place du Pape. Cela a été une des plus importants rassemblements vus à ce jour dans notre Etat.

Sur ces trente mille, vingt neuf mille étaient des jeunes qui réclamaient la fin de la violence et de l'extermination d'autres jeunes. Et, dans un document remis au Gouverneur Renato Casagrande, ils demandaient aussi la création d'un secrétariat d'Etat de la Jeunesse, (…) qui mettrait vraiment en pratique une politique officielle de la jeunesse, déjà approuvée et transformée en loi par cette Chambre, lors du dernier vote secret,  projet dû à notre initiative, approuvé par ce pouvoir législatif et auquel le Gouverneur avait opposé son veto. Ce véto a été remis en cause lors d'un dernier vote secret et ce projet est devenu une loi de notre Etat.

(…) Monsieur le Président, je vais faire une déposition personnelle sur l'extermination de jeunes  ainsi que cela se passe quotidiennement dans notre pays.

Dans un intervalle de tout juste vingt jours, moi et ma famille avons été confrontés à l'assassinat de deux jeunes très proches de nous. L'un d'eux était le fils d'une femme qui travaille chez moi, une domestique, qui a été assassiné à seize ans seulement, il y a vingt jours. Aujourd'hui, je viens d'apprendre qu'un jeune de dix-neuf ans, qui avait lui aussi travaillé dans ma maison mais qui n'y travaillait plus, a été assassiné dans la commune de Mantenòpolis. Ces deux cas étaient liés à des problèmes de drogue.

Les trente mille qui ont participé à la marche du dimanche 30 septembre ne l'ont pas fait par hasard, ce n'était pas seulement parce que c'était la Journée nationale de la Jeunesse, ce n'était pas seulement parce qu'ils commémoraient le vingt-cinquième anniversaire de la Pastorale de la Jeunesse. Ce n'était pas seulement pour se divertir que ces jeunes sont venus de l'intérieur du pays pour marcher dans les rues de Vitòria ; ce n'était pas seulement parce que les évêques avaient demandé qu'ils viennent à Vitòria. Non ! C'était parce que des jeunes meurent pour des raisons futiles, brutalement et pratiquement gratuitement. C'est parce que la vie n'a plus de valeur dans les lois qui régissent le trafic de drogues, dans celles qui régissent les personnes compromises dans cette situation. Aujourd'hui, dans notre pays, dans notre Etat, des lois parallèles sont en vigueur qui sont des lois du trafic. Pour de simples petites dettes il existe une véritable peine de mort dirigée contre des personnes qui sont dans la tranche d'âge la plus productive, c'est-à-dire de quatorze à vingt-cinq ans.

Il est vrai que beaucoup de jeunes meurent aussi dans des accidents de la circulation. Les lois sur les infractions au code de la route existent, je suis d'accord, mais ce dont on a besoin, c'est que ces lois soient appliquées, qu'il y ait des politiques pour les faire appliquer.

On a besoin de petits ajustements dans la législation du code de la route. Par exemple, imposer à l'automobiliste le contrôle par l'éthylotest. A mon avis, l'éthylotest, contrairement à ce que certains disent, sert à prouver que l'on est dans la légalité. Celui qui est dans la légalité "souffle dans le ballon" et a la preuve qu'il conduit son véhicule conformément à la loi. (…) L'idée que le "ballon" est une preuve contre l'individu est équivoque, parce que si l'individu est dans la légalité, le "ballon" n'est pas un problème.

L'autre jour j'ai eu la joie d'être transporté dans ma voiture par mon fils Pedro ; nous avons été pris dans un contrôle de gendarmerie, on a demandé à mon fils s'il acceptait de souffler dans le ballon et il a accepté. Il a soufflé, est revenu à la voiture, heureux et fier et m'a dit : "Papa, j'ai soufflé dans le ballon et prouvé que je suis en état de conduire la voiture." Il était tout fier, mon fils Pedro Cogo Lodi.

Alors, je salue la Pastorale de la Jeunesse, les diocèses et les plus de trente mille jeunes qui ont marché dimanche en réclamant des politiques de prévention de cette véritable extermination qui existe aujourd'hui, causée par la violence de la drogue, de la circulation et par d'autres formes de violence de notre société.  

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:34
Le samedi 19 novembre, à partir de 15 heures (il y aura aussi d'autres causeries) Rémy Gaudillier donnera une communication sur les Citoyens du Monde : ses débuts...le Mouvement Populaire des CDM lancé par Gaby Maire etc.
Cela se passera à la salle des Archives Départementales à Lons Montmorot.
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 18:51

Nous avons appris avant-hier la condamnation à perpétuité de celui qui fut le tortionnaire des soeurs franc-comtoises Léonie DUQUET et Alice Dom, assassinées il y a trente-quatre ans.

Nous nous réjouissons du communiqué de l'ACAT : Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture, reliant cet événement à la recherche des véritables assassins de Gaby (les commanditaires). Nos amis de Vitòria se consacrent à cette tâche depuis vingt-trois ans, malgré les lenteurs de la justice et les menaces qu'ils reçoivent. Gaby était français, franc-comtois lui aussi, nous nous devons de les accompagner dans leur combat.

 

Le jugement qui vient d’être rendu à Buenos Aires confirme enfin, vingt-et-un ans plus tard, la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité prononcée le 16 mars 1990 par la Cour d’Assises de Paris à l’encontre du capitaine argentin ASTIZ en le considérant responsable de l’enlèvement, la séquestration, la torture, la  disparition des Sœurs Alice DOMON et Léonie DUQUET. C’était l’une des premières procédures tenues en France contre un tortionnaire étranger. Avocat à la Cour de Paris et président national de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture),  Maître Guy AURENCHE y représentait les deux familles franc-comtoises.

En convergence avec elles au long de leur inlassable combat de trente-quatre années, notre mouvement, en particulier les 17 groupes et les 250 adhérents de notre région, accueille cette sentence avec soulagement. A l’annonce du double rapt des 8 et 10 décembre 1977, il est intervenu dès le 20 de ce mois auprès du dictateur argentin VIDELA, du Président Giscard d’Estaing et de l’Ambassade de France à Buenos Aires. A une opinion divisée au sujet de leur engagement, y compris au sein de la congrégation des religieuses missionnaires, nous nous sommes attachés à décrire et expliquer le choix des Sœurs Alice et Léonie en accompagnement des plus pauvres et des dramatiquement opprimés, notamment au 20ème anniversaire de leur disparition par une exposition de trois mois présentée à Consolation et Besançon.

Pensant que l’impunité des tortionnaires est l’une des causes de la poursuite du fléau de la torture, nous continuons à soutenir une semblable recherche de la vérité et de la justice concernant le Brésil et l’assassinat en décembre 1989 du Père Gabriel Maire, jurassien de Port-lesney, dans cet autre long processus conduit par sa famille et l’association de ses amis afin d’obtenir l’arrestation et le jugement des exploiteurs de la misère humaine, commanditaires du crime.

 

 

par le groupe ACAT Besançon-Agglomération

 

A lire aussi l'article de l'express 

 

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 20:36
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Le vendredi 23 septembre, à Vitòria, une commission représentant diverses organisations des Droits de l'Homme de l'Etat de l'Espirito Santo a été reçue par le président du Tribunal de Justice de l'Etat, le Juge Manuel Rabelo.
Cette commisison demande l'adoption urgente de mesures en vue d'accélérer les démarches pour donner la priorité au procès du Père Gabriel Maire.
On se souvient que, le 14 septembre dernier, le Tribunal avait en effet reconnu que l'assassinat de ce prêtre français n'avait pas été un crime crapuleux. Pour lutter efficacement contre l'impunité et la corruption il est donc urgent que la Justice se mette à la recherche des commanditaires.
Le président du tribunal a accepté de signer le document qu'on lui présentait.
CC
Information tirée du blog de Claudio VEREZA
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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 09:43

Il y a un an, à la création de ce blog, nous avons publié une page avec quelques extraits de cet interview et un lien vers la vidéo de l'entretien de Gaby accordé à la télévision brésilienne le 21/12/89. Entretien en portugais bien évidemment. 

 

Après son assassinat, cet entretien avait été traduit et diffusé en VHS.

Aujourd'hui, nous sommes en mesure de vous présenter cette vidéo avec la traduction en français.

Pour accèder à ce lien cliquez sur la photo.

 

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 09:21

Le 14 septembre au soir nos amis brésiliens nous ont annoncé une grande nouvelle : voici la traduction de deux de ces messages :

 

"L'appel qui avait été déposé par l'avocate Verônica a été accepté par le Tribunal de Vitòria. Le dernier jugement qui faisait état d'un crime crapuleux est annulé, le Juge Pedro Valls Feu Rosa reconnaît que c'était un crime commandité. Le procès va donc reprendre, mais cette fois-ci  à la Cour d'Assises de Vitòria

La Chambre criminelle du Tribunal de justice a décidé que le crime n'était pas un crime crapuleux, mais bien un crime commandité. Aussi il devra y avoir un nouveau jugement, cette fois-ci en Cour d'Assises. C'est un véritable retournement de situation."

Claudio Vereza  Député de l'Etat de l'Espirito Santo, le 14 septembre 2011

 

 

 

"Le Tribunal de Justice de l'Espirito Santo a annulé le jugement concluant que le Père Gabriel Maire avait été victime d'un crime crapuleux (vol suivi d'assassinat)

Le juge (…) s'est appuyé sur diverses circonstances pour annuler le premier jugement :

 -1) Le rapport technique de l'Université de Campinas qui ne concorde pas avec l'hypothèse de crime crapuleux ;

-2) La position du corps de la victime ;

-3) Le fait que la montre de la victime soit restée à son poignet ; s'il y avait eu crime crapuleux la montre aurait été volée ;

-4) les menaces reçues par le prêtre, dont l'action pastorale contrariait de puissants intérêts économiques.

Le procès va maintenant être ré-ouvert et devra se poursuivre.

Nous regrettons que le Docteur EWERTON MONTENEGRO GUIMARAES ne soit plus vivant pour célébrer cette victoire.

Une phrase résume bien ce qui s'est passé : la Justice brésilienne a reconnu son erreur."

Jean-Baptiste Herkenhoff, Professeur de Droit, le 16 septembre 2011

CC le 20 septembre 2011

 

 

 

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 14:17

Rappel :

 

Les Amis de Gaby Maire se joignent au Cercle de Silence de Dole pour appeler à la conférence-débat :

"Vers une culture de la non-violence" Jean-Marie-MULLER-copie-1.jpg

Avec Jean-Marie Muller

Le vendredi 16 septembre 2011 à 20h 15

Manège de Brack  Salle des Fêtes de Dole

Lors de leur assemblée générale du 21 mai 2011 à Port-Lesney les Amis de Gaby ont voté, à l'unanimité, une motion :

"Pour un désarmement nucléaire unilatéral"

Ils reprennent ainsi l'intuition et le combat de Gabriel Maire qui, avec Guy Marie Riobé, évêque d'Orléans, affirmait, en 1973, que :

"la menace de l'arme nucléaire, qui implique par elle-même le consentement au meurtre de milliers d'innocents, est le reniement de toutes les valeurs d'humanité qui fondent notre civilisation."

Nous comptons sur la présence d'un grand nombre d'entre vous pour venir débattre de ces problèmes le vendredi 16 septembre, avec un des spécialistes  et militant de la non-violence.

 

Photo empruntée sur http://desobeissancecivile.org/

 

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 21:44

Rencontre avec le père Henri Burin des ROZIERS

Le Brésil est devenu la nouvelle ferme du monde. D’après les économistes, le pays pourrait devenir le premier producteur agricole du monde d’ici dix ans. On peut saluer cette performance. Mais elle ne doit pas faire oublier les conséquences qui en résultent pour les petits paysans et les paysans sans terre, victimes de l’extension des grandes propriétés. Ils gênent et on les assassine s’ils se défendent. Le dominicain, Henri Burin des Roziers, avocat, appartient à la Commission pastorale de la Terre (CPT), créée par la Conférence des évêques du Brésil (CNBB). Il est l’un des défenseurs des sans-terre. Le père Luc Lalire est allé l’interviewer pour recueillir son témoignage.

La situation

Le problème de la terre est historique au Brésil. Il s’enracine dans la colonisation. L’empereur donnait aux colons des terres immenses. Il y a encore aujourd’hui dans l’État du Para, en Amazonie, des propriétés d’un million d’hectares. Cela paraît presque normal. La terre a une grande force symbolique. C’est l’origine et le symbole de l’inégalité fantastique au Brésil. On peut estimer que 2 % des gros propriétaires possèdent 50 % des terres cultivables. Ce problème a toujours été explosif dans toute l’histoire du pays. En 1964, les ligues paysannes ont revendiqué la possession de la terre, ce qui a entraîné une «révolution nationale », autrement dit un coup d’État militaire. Les militaires ont pris le pouvoir et l’ont gardé jusqu’en 1985 pour défendre la grande propriété.

La réforme agraire, toujours revendiquée, promise, et combattue, n’a jamais été réalisée. Et la concentration des terres est toujours plus forte.

Au Congrès, les députés « ruralistes » qui représentent les grands propriétaires sont un groupe très puissant et nombreux. Malgré l’opposition de la présidente de la République, Dilma Roussef, ils viennent de voter en juin 2011 un texte qui revient sur le code des forêts pour en flexibiliser les processus de protection et amnistier ceux qui en ont violé les règles. Le même jour, un couple de militants écologiques a été assassiné dans la réserve où ils travaillaient à la préservation de la forêt. Dans les jours suivants, d’autres paysans étaient abattus. Des syndicalistes et des agents de pastorale de la CPT sont aussi menacés.

La CPT a remis au gouvernement une liste de  personnes menacées dont depuis des années elle tient le triste registre et le gouvernement vient de décider de mettre sous protection des leaders paysans menacés de mort. Mais ce n’est qu’un palliatif. Si on ne s’attaque pas à la cause, la répartition de la terre, la violence continuera. Le problème c’est que l’agro-business et le latifundio ont tous les droits et la forêt, la réforme agraire et ceux qui les défendent ont tous les torts.

Le Commission pastorale de la terre (CPT)

Je travaille, dans l’État du Parà, comme avocat à la CPT. La CPT a pour mission d’être au service des travailleurs ruraux et des petits paysans pour la défense de leurs droits à la terre, à l’eau, à la dignité et à la vie, comme citoyens brésiliens et enfants de Dieu. Elle a été créée en 1975 par quatre évêques qui ont entendu « la clameur de leur peuple », le cri des victimes des violences et des massacres commis par les fazendeiros, leurs hommes de main et la police à leur solde pour s’approprier par la force les terres déjà occupées, Quelques années plus tard, la Conférence nationale des évêques du Brésil [CNBB] a reconnu officiellement la Pastorale de la Terre.

Objectifs de la CPT

En créant la CPT, les évêques ont voulu créer une pastorale liée à l’Église, mais libérée d’autres tâches pour se donner entièrement au service des pauvres du monde rural. Des prêtres, des religieuses, des laïcs se sont dédiés à cela jusqu’à aujourd’hui. Ils consacrent leur vie à cette mission en se rendant proches de ces pauvres, de leurs problèmes, de leurs souffrances, de leurs luttes, dénonçant les violences, les assassinats, les cas de travail esclave. Ils accompagnent aussi les  communautés dans 3 leurs démarches de foi en respectant leur culture, leurs traditions religieuses et populaires et en célébrant dans la foi leurs fêtes mais aussi les tragédies qu’ils vivent.

La CPT lutte aussi contre l’impunité qui demeure un problème fondamental au Brésil et spécialement dans l’État du Pará. J’ai personnellement accompagné trois procès criminels qui, après de nombreuses années se sont terminés par la condamnation de trois fazendeiros. Or, aucun n’a exécuté sa peine.

Agriculture familiale

La Pastorale de la terre défend un modèle d’agriculture familiale de subsistance, durable et diversifiée pour la consommation intérieure, qui s’oppose au modèle de la monoculture d’export, bétail, bois, soja, canne à sucre, modèle qui rapporte des milliards de dollars à l’État, mais qui est déprédateur. Il provoque la concentration des terres dans les mains d’un petit groupe de gros propriétaires, la migration vers les villes et les favelas et la destruction de la nature par la déforestation et l’emploi des agro-toxiques. Le modèle d’agriculture familiale des petites exploitations est la portion congrue qui bénéficie d’infiniment moins d’aide financière de l’État que l’agro-business. Mais c’est dans cette ligne là que travaille la CPT. La CPT est présente dans tous les États du Brésil. La préoccupation constante de la CPT est que les petits paysans soient les propres protagonistes de leurs luttes pour conquérir leurs droits.

Défense de la vie et de la Création

Notre engagement chrétien pour la terre, don de Dieu, est un engagement pour la vie et la dignité des travailleurs ruraux, dépossédés, marginalisés et soumis à l’esclavage, car le droit à la vie ne concerne pas seulement le problème de l’avortement. C’est le droit pour une vie digne, le droit de pouvoir vivre de son travail et nourrir ses enfants et sa famille. Pour nous à la CPT, c’est une lutte pour respecter et sauver la nature, source de vie, et pour que cette terre ne meure pas à cause de la déforestation. La réforme agraire ce n’est pas seulement la question de la répartition des terres. Il faut aussi que les familles soient en état de les exploiter pour en vivre dignement dans le respect et la préservation de la nature.

Cette lutte pour le droit à la vie de ces paysans, entendu de cette façon, est pour moi, dans ma vocation religieuse et mon ministère de prêtre, une cause fondamentale, une cause profondément évangélique.

Exigence évangélique

Prendre le parti des plus pauvres est une exigence évangélique que l’Église d’Amérique latine, dans ses grandes Conférences continentales, Medellin, Puebla, Aparecida, a sans cesse rappelée et proclamée. Certaines paroles évangéliques inspirent et renforcent notre détermination. « Ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse aux yeux de Dieu. » Notre lutte pour la terre, pour l’eau et pour la vie des pauvres est peut-être une goutte d’eau, mais c’est aussi une petite semence qui s’enfouit dans la terre et qui un jour va porter ses fruits. Elle en a d’ailleurs déjà produits. « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force. »

HENRI BURIN DES ROZIERS

 

Article paru la lettre du Pôle Amérique Latine de juin 2011

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 21:20

 

           RENCONTRE AVEC HENRI BURIN DES ROZIERS

 

                         Un droit à la vie : le droit à la terre.

 

 

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la lettre du pape Jean XXIII au Cardinal Liénart, le 25 septembre 1961, demandant à l’Église de France, 4 ans après l’encyclique fidei donum, d’élargir son élan missionnaire au continent latino-américain, le Pôle Amérique latine du Service de la Mission à la Conférence des évêques organise une rencontre avec le père dominicain Henri Burin des Roziers sur « Un droit à la vie : le droit à la terre » au Brésil.

 

Le Brésil est devenu la nouvelle ferme du monde. On peut saluer cette performance. Mais elle ne doit pas faire oublier les conséquences qui en résultent pour les petits paysans et les paysans sans terre, victimes de l’extension des grandes propriétés. Ils gênent et on les assassine s’ils se défendent : une facette méconnue de ce géant économique émergent.

 

Henri Burin des Roziers, avocat, qui appartient à la Commission Pastorale de la Terre (CPT), créée par la Conférence des évêques du Brésil (CNBB) nous aidera à en comprendre les origines puisqu’il est engagé dans la défense des sans - terre.

 

 

Le colloque animé par des journalistes aura lieu :

 

A la Conférence des Évêques de France

58 avenue de Breteuil

75007 PARIS

(Métro St François Xavier)

 

Le jeudi 22 septembre 2011, de 17h30 à 19h30

 

 

Père Luc LALIRE

Responsable du Pôle Amérique Latine

 

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 20:24

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 09:50

 Le 10 juillet 1973, le Père Guy-Marie Riobé, évêque d’Orléans publie un communiqué intitulé « NON AUX ARMES NUCLÉAIRES ». Il affirme notamment :

"Aucun intérêt politique et économique d'aucun peuple ne saurait justifier l'emploi de la bombe atomique.

"Prétendre que c'est une force de dissuasion, c'est supposer qu'on a l'intention de s'en servir si l'on est attaqué. On n'a pas le droit de nourrir pareil projet.

"La France serait si grande si elle affirmait à la face du monde : "J'ai le pouvoir de faire des expériences nucléaires, et de posséder la bombe atomique : j'y renonce pour le bien de la Paix."

"Il faut croire à la puissance des valeurs morales, à la force de la non-violence.

"Tout français soucieux d'un avenir pacifique se doit de manifester de manière efficace sa désapprobation la plus énergique en regard de toute politique d'escalade atomique."

Bientôt quarante ans après, cette déclaration apparaît non seulement d’une courageuse pertinence pour hier, mais aussi d’une étonnante actualité pour aujourd’hui.

L’enjeu de l’arme nucléaire n’est pas d’abord militaire ; il est moral, il est politique et, en premier lieu, il est spirituel. Il est existentiel. La menace de l’arme nucléaire, qui implique par elle-même le consentement au meurtre de millions d’innocents, est le reniement de toutes les valeurs d’humanité qui fondent notre civilisation. Par la préméditation du meurtre nucléaire, nous avons déjà nié les valeurs que nous prétendons défendre. Comment pourrions-nous, sans nier la dignité de l’humanité de l’homme, consentir au meurtre nucléaire ?

Le caractère criminel de l’emploi de l’arme nucléaire a été clairement dénoncé par la résolution de l’ONU du 24 novembre 1961. L’Assemblée Générale déclare : « Tout État qui emploie des armes nucléaires et thermonucléaires doit être considéré comme violant la Charte des Nations Unies, agissant au mépris des lois de l’Humanité et commettant un crime contre l’Humanité et la civilisation. »

Certes, la dissuasion n’est pas l’emploi de l’arme nucléaire, mais elle est l’emploi de la menace, et l’emploi de la menace comporte directement la menace de l’emploi. Dès lors que l’emploi de l’arme nucléaire serait un crime contre l’Humanité, la menace de l’emploi est déjà criminelle.

Ce qui est effrayant dans la dissuasion nucléaire, au-delà des risques de mort et de destruction qu’elle fait peser sur les hommes, c’est la déraison des hommes qui s’enferment dans une logique nihiliste de mort et de destruction.

Certes, dans le domaine de la stratégie nucléaire, l’argument moral ne convaincra probablement pas les décideurs politiques et militaires. Dans ce domaine, un prétendu réalisme prétend toujours récuser un prétendu moralisme. Cependant, il se trouve que l’im-moralité intrinsèque de l’arme nucléaire se double de son in-faisabilité stratégique. Le simple réalisme nous oblige à reconnaître que les armes nucléaires ne nous protègent d’aucune des menaces qui peuvent peser sur notre sécurité (terroriste, nationaliste, économique, climatique…) Par contre, du fait même qu’elles sont en alerte constante, elles constituent une menace pour nous et les autres peuples.

C’est pourquoi, en fidélité aux convictions évangéliques du Père Gabriel Maire, qui était en plein accord avec le Père Guy-Marie Riobé, les membres de l’Association "Les Amis de Gaby Maire" réunis à Port-Lesney (39) le 21 mai 2011, se prononcent en faveur du désarmement nucléaire unilatéral de la France.

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:55

 

« Du levain pour demain », association née en novembre 2009 fut créée pour accompagner les Sœurs Auxiliaires du Sacerdoce au Brésil et préparer, comme son nom l’indique, l’avenir avec elles. Faire connaître leur engagement, partager leur aventure, témoigner en faveur des valeurs qui les animent et soutenir financièrement les besoins en formation de jeunes sœurs sont les buts de cette association 1901 doublement originale puisqu’elle associe religieuses et laïcs d’une part, brésilien(nes) et français(es) d’autre part. Les sœurs Auxiliaires du Sacerdoce- congrégation immergée en France dans les milieux populaires- sont arrivées au Brésil dans l’enthousiasme du concile Vatican II. Je pourrais presque dire- par raccourci bien sûr- que le point de départ fut la date du 16 novembre 1965 où quarante évêques en majorité latino-américains, sous l’impulsion d’Helder Camara, se sont réunis à Rome en signant ce qui s’est appelé le « Pacte des catacombes ». Ils s’engageaient, une fois de retour dans leurs diocèses, à vivre dans la pauvreté sous toutes ses formes. Ce fut une époque de création, un moment rare de l’histoire en empathie avec l’Esprit Saint qui nous est échu en héritage.

Les sœurs au Brésil tout comme celles de France vivent dans cet esprit et assument cet héritage. Le rôle de notre association est de témoigner que les valeurs que vivent les Auxiliaires du Sacerdoce au quotidien : l’option pour les pauvres, la conjugaison de la Foi et de la Vie, la transmission à tous du message biblique et une solidarité fraternelle, sont importantes et continuent de faire sens en dépit des tendances actuelles de notre société. Au nombre d’une douzaine approximativement, elles sont réparties en trois communautés dans les états du « nordeste » brésilien : Aracaju, Salvador et Valença.                                                                                                                                       >

> Des similitudes ne manquent pas de frapper entre l’association « Les Amis de Gabriel Maire » et celle « Du Levain pour Demain ». Toutes les deux témoignent en faveur d’hommes et de femmes qui ont mis l’évangile dans leur vie sachant que cet engagement peut conduire au martyre comme pour Gabriel Maire.

J’ai envie de dire ici à tous les « Amis de Gabriel Maire » que votre combat pour entretenir la mémoire de Gaby est un encouragement à la résistance et au sursaut des énergies. Plus de vingt ans après son assassinat les problèmes de la terre sont toujours d’une brûlante actualité dans le Brésil d’aujourd’hui. C’est souvent le combat d’une agriculture familiale contre une agriculture industrielle qui dévaste le pays pour le profit de quelques uns. C’est le combat de pauvres gens contre des puissants qui les spolient de leurs terres.

Surtout que ne meure pas le souvenir.

Gérard Aleton, président de l’association « Du Levain pour Demain »

Dans EV n°77

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Published by "Les amis de Gabriel Maire" - dans A lire - à voir ou écouter... Echos de Vitoria
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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 19:44

 

Ce texte d’Eduardo Galeano (écrivain uruguayen) traduit par Pierre Guillaumin, a paru dans Le Monde diplomatique, en octobre 1991, il y a donc presque 20 ans. On constatera, peut-être avec une certaine tristesse, que sur un bon nombre de points, il est toujours d’actualité… C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de le republier dans le cadre de la série de textes proposant une vision critique de la notion de « développement » (DIAL , 4 avril 2011)

La ville comme prison

Marcher dans les rues des grandes villes latino-américaines devient une activité à haut risque. Rester chez soi, aussi. La ville comme prison : celui qui n’est pas prisonnier de la nécessité est prisonnier de la peur. Celui qui a quelque chose, si peu que ce soit, se sent menacé, condamné à la peur de la prochaine agression. Celui qui possède beaucoup vit enfermé dans les forteresses de la sécurité. Les grands immeubles, les ensembles résidentiels sont les châteaux féodaux de l’ère électronique. Il leur manque les douves avec les crocodiles. Il leur manque surtout la majestueuse beauté des châteaux du Moyen Age, mais ils ont de grands ponts-levis, de hautes murailles, des donjons de guet et des gardes armés.

L’État, qui n’est plus paternaliste mais policier, ne pratique pas la charité. Elle appartient à un passé à jamais révolu l’époque de la rhétorique de la domestication des égarés par les vertus de l’étude et du travail. À l’heure de l’économie de marché, les rejetons en surnombre s’éliminent par la faim et par les balles. Les gosses des rues, enfants de la main-d’œuvre marginale, ne sont pas et ne peuvent pas être utiles à la société. L’éducation appartient à qui peut la payer ; la répression s’exerce sur ceux qui ne peuvent pas l’acheter.

Selon le New York Times, la police a assassiné plus de quarante enfants dans les rues de la ville de Guatemala. Enfants mendiants, voleurs, fouilleurs de détritus, dont les cadavres ont été trouvés sans langue, sans yeux, sans oreilles, jetés aux ordures. Selon Amnesty International, en 1989,457 enfants et adolescents furent exécutés dans les villes brésiliennes de Sao Paulo, Rio de Janeiro et Recife. Ces crimes commis par les escadrons de la mort et autres forces de l’ordre parapolicier n’ont pas été perpétrés dans les zones rurales attardées mais dans les plus grandes villes du Brésil. Ils n’ont pas été commis là où le capitalisme fait défaut mais là où il est en excès. L’injustice sociale et le mépris de la vie augmentent avec le développement de l’économie.

Dans les pays où la peine de mort n’existe pas, on l’applique chaque jour pour défendre le droit de propriété. Et les fabricants d’opinion font chaque jour l’apologie du crime. Au milieu de 1990, dans la ville de Buenos Aires, un ingénieur tua par balles deux jeunes voleurs qui s’enfuyaient après avoir dérobé le lecteur de cassettes de sa voiture. Bernardo Neustadt, le journaliste argentin le plus influent, fit ce commentaire à la télévision : « J’aurais fait la même chose ». Afanasio Jazadji conquit un siège de député dans l’État de Sao Paulo. Il fut un des députés les plus confortablement élus de toute l’histoire du Brésil. Jazadji avait acquis son immense popularité aux micros de la radio. Son programme défendait à grands cris les escadrons de la mort et préconisait la torture et l’élimination des délinquants.

Dans la civilisation du capitalisme sauvage, le droit de propriété est plus important que le droit à la vie. Les gens valent moins que les choses. À cet égard, les lois d’impunité sont révélatrices. Ces lois qui ont absous le terrorisme d’État exercé par les dictatures militaires, dans les trois pays du Sud, ont pardonné le crime et la torture mais n’ont pas pardonné les atteintes au droit de propriété (Chili : décret-loi 2191, en 1978 ; Uruguay : loi 15.848, en 1986 ; Argentine : loi 23.521, en 1987).

Pour retrouver l'article en entier, taper http://www.alterinfos.org/spip.php?article4972

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 21:32

Le 10 juillet 1973, Guy Riobé publie le communiqué suivant :

NON AUX ARMES NUCLÉAIRES

"Au moment où un grand nombre de peuples sont atteints de découragement et de révolte devant la perspective d'un nouveau développement des armes nucléaires, je me dois, dans ma conscience d'homme, de chrétien et d'évêque, en plein accord avec de multiples et fortes déclarations de l'Église, de dire "non aux armes nucléaires"; et ceci indépendamment de toute considération d'ordre international.

"Aucun intérêt politique et économique d'aucun peuple ne saurait justifier l'emploi de la bombe atomique.

"Prétendre que c'est une force de dissuasion, c'est supposer qu'on a l'intention de s'en servir si l'on est attaqué. On n'a pas le droit de nourrir pareil projet.

"La France serait si grande si elle affirmait à la face du monde : "J'ai le pouvoir de faire des expériences nucléaires, et de posséder la bombe atomique : j'y renonce pour le bien de la Paix."

"Il faut croire à la puissance des valeurs morales, à la force de la non-violence.

"Tout français soucieux d'un avenir pacifique se doit de manifester de manière efficace sa désapprobation la plus énergique en regard de toute politique d'escalade atomique." (…)

 

Le cardinal Jean Daniélou, oubliant la position prise naguère par l'évêque de Rome, se chargera de venir rappeler à l'évêque d'Orléans que sa prise de position n'engage que lui. D'abord, dans un article publié dans le Figaro du 16 juillet et intitulé « L'évêque et l'amiral », le célèbre jésuite écrit : "Un catholique a le droit de défendre la position de Mgr Riobé. Mais un catholique a un droit égal à prendre la position contraire. Il s'agit d'un problème personnel, non d'une position d'Église." Puis, le lendemain, il précise sa pensée sur France-Inter : "À mon avis, c'est un problème qui n'engage pas la conscience chrétienne en tant que telle, mais sur lequel des chrétiens peuvent avoir des options différentes. Et ce qui me gêne, ce n'est pas qu'il y ait des chrétiens qui prennent position contre cette explosion (je trouve que ceci est parfaitement légitime), mais que ce soit un évêque; car, à partir de ce moment-là, l'autorité de l'Église a l'air d'être engagée." En clair, selon le raisonnement du cardinal, un catholique a le droit de défendre la position de l'évêque d'Orléans, mais, en revanche, l'évêque d'Orléans n'a pas le droit de défendre sa position. ( …)

 

Le 17 juillet, un prêtre de Saint-Claude, Gabriel Maire, écrit à Guy Riobé en ces termes : "Je tiens à vous exprimer toute ma sympathie, et l'appui de prêtres et de chrétiens qui, contrairement à ceux qui vous condamnent, pensent qu'il était de votre devoir de parler comme vous l'avez fait. C'est une position de fidélité à L'Évangile. C'est cette fidélité à l'Évangile qui me pousse, comme d'autres et avec d'autres, à faire mon possible pour éveiller les consciences à la nécessité de bâtir la paix. Quelle pauvreté d'arguments quand on envoie les évêques et les prêtres à la pèche aux "âmes" ! Je ne conteste pas la liberté de penser du cardinal Daniélou. Je regrette seulement qu'il s'appuie davantage sur des raisonnements humains (donc plus "politiques" que les vôtres, quoi qu'il en dise !) que sur la folie de l'Évangile, et qu'il utilise pour ce faire sa "qualité" de cardinal (un cardinal pourrait faire taire un évêque, précisément comme un amiral ferait taire un capitaine de vaisseau !)"

"La folie de l'Évangile" conduira Gabriel Maire à aller vivre au Brésil parmi les pauvres, à prendre décidément leur parti face aux riches et aux puissants, et à lutter avec eux pour leur dignité et leur liberté. Pour cela, il sera assassiné le 23 décembre 1989.

 

"Guy Riobé, Jacques Gaillot, Portraits croisés" par Jean-Marie Muller, Paris, Desclée de Brouwer, 1996)

Guy Riobé, Jacques Gaillot

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 15:42

1Comment ne pas être ému, à Cariacica, en approchant de l'église modeste où Gaby a débuté son ministère... En la contournant par la droite, on passe par une courette et on entre dans le centre Dom Luís Fernandes, lieu de formation et de réunion dont il a été l'instigateur. On continue à y dispenser, entre autres, des cours d'alphabétisation. Au premier niveau se trouve une vaste salle de réunion. À l'étage, se succèdent plusieurs salles de cours. Même quand il y a pas d'enseignement, il y a toujours, fait courant au Brésil, un homme qui garde les lieux ou une femme qui fait l'entretien des locaux. 4.jpgC'est un beau bâtiment, clair, fonctionnel et ordonné, dans lequel il est sans doute agréable de se rencontrer et d'apprendre ensemble. Désormais, il est régit par l'autorité ecclésiastique dans le cadre de la « rénovation charismatique ».

 

 

Pour conserver son autonomie et rester fidèle à l'esprit du padre, dans le cadre, non officiel de nos jours, de la théologie de la libération ancrée dans les « communautés ecclésiales de base » (les CEB), l'association qui porte son nom a choisi de créer son propre centre. En ce samedi de novembre 2010, Beth (Élisabeth), sa présidente, a bien voulu nous emmener sur les pas de Gaby. À la fin de ce troisième voyage de trois mois à travers le Brésil, j'avais, en effet, souhaité aller sur les lieux où il a exercé et a vécu parmi les siens, les plus pauvres. C'est en compagnie d'Etel et de Francis, mes amis de Vitoria que j'entame cette sorte de pèlerinage.

 

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Le local est en construction depuis moins de deux mois, légèrement en dehors du centre de l'agglomération. Nous sommes attendus au pied d'une banderole qui identifie les lieux : «Associação Padre Gabriel Maire « em defesa da vida » » .

7Carlinda Januario do Rosario et José Lopes ainsi que Lucas, leur petit-fils, nous accueillent pour la visite du chantier. C'est la première famille que Gaby a fréquentée en arrivant à Vitoria. Leur fille, Marlene, était la précédente présidente de l'association. 

  

10Il s'agit d'une petite maison qui comportera une salle de réunion, une cuisine, une salle d'eau et un réduit situé à l'extérieur. Plus tard, une bibliothèque populaire sera montée à un second niveau et un terre-plein aménagé à l'arrière afin d'installer un potager. Aujourd'hui, le gros œuvre est presque achevé mais pour pouvoir poursuivre les travaux il faut réunir 16000 reais, c'est-à-dire 7000 euros, une somme dont ne dispose pas l'association.

 

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Après la visite, le couple nous invite à une collation dans sa maison que José qui était maçon a construite de ses propres mains. Ils ont eu dix enfants qui sont tous parvenus à des situations appréciables : agent de voyage, enseignante, adjointe au maire à l'action sociale, etc. Quelques uns d'ailleurs sont présents, ce jour, avec leur famille.

14Tout en savourant café et pâtisseries préparés par la maitresse de maison, on feuillète l'album de photos. On y voit, parmi ses pairs et sa famille, Carlinda recevant, au cours d'une cérémonie à l'américaine, un diplôme de pédagogie, de type BTS, couronnant une formation qu'elle a entreprise après avoir élevé tous ses enfants.

 

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On y voit surtout, au cœur des réunions familiales ou communautaires, Gaby tel que nous le connaissons : partageant foi et amitié, épaulant les uns, accompagnant les autres dans leur évolution vers plus de conscience sociale, politique, éducative et culturelle. Sachant, par exemple, que Carlinda ne savait ni lire ni écrire quand il est arrivé, on a là l'émouvant témoignage du fruit de son action!

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 23:22

 

Voici une analyse intéressante sur la participation des Brésiliens à la vie de leur pays, sur leur façon de "résister" à ceux qui sont censés les représenter et qui, souvent, les regardent du haut de leur "trône"

Janvier se termine. Février arrive. Mois du carnaval, fête qui, cette année, sera reportée en mars. Le début du mois de février est marqué cependant par le retour des activités des pouvoirs législatif et judiciaire tandis que l'exécutif s'agite déjà fiévreusement et discute en coulisses depuis trente jours. Avec leurs salaires gonflés de plus de 60% (augmentation votée récemment par la majorité des députés ndlt) les politiques reviennent occuper la scène du Planalto Central (quartier du gouvernement fédéral à Brasilia)

(…) Par où commencer ? C'est là la question qu'ils doivent résoudre en priorité s'ils veulent arriver le plus rapidement possible à un système démocratique plus ouvert et participatif.

L'instrument privilégié, dans ce cas, est la consultation directe de la population.

A la fin des années 90 et au début des années 2000, un ensemble de mouvements populaires, d'ONG et de pastorales sociales ont organisé plusieurs "plébiscites" : sur la question de la dette extérieure, sur l'approbation ou non de l'ALCA (Zone de Libre Echange des Amériques), sur la privatisation de la Compagnie Vale do Rio Doce. De telles initiatives résultaient de recherches collectées lors des quatre Semaines Sociales Brésiliennes (SSB), qui se sont déroulées entre le début des années 90 et celui des années 2000.

Sans doute la manifestation la plus vivante et la plus créative de tout ce processus d'approfondissement de la réalité brésilienne est-il le Cri des Exclus, dans ses versions à la fois nationale et continentale. Il a surgi au cours des deuxièmes Semaines Sociales, en septembre 1995 et jusqu'à la période actuelle, et les clameurs qui s'élèvent des habitations les plus misérables de la société brésilienne demeurent en éveil. Mélange de lutte et de fête, de larmes et de rires, cet événement est en fait un cadre où se retrouvent toutes les couleurs de la culture du pays, où se mélangent et s'entrelacent douleur et espérance, rêve et recherche, résistance et opiniâtreté. Egalement significatives sont la Campagne Jubilée Sud, les Assemblées Populaires ainsi que le partenariat avec le Forum Social Mondial.

(…) Pourquoi de telles initiatives, menées avec succès sur le territoire, et légitimées par la Constitution brésilienne, n'éveillent-elles pas l'intérêt du gouvernement ? Bien au contraire, très souvent on les considère avec prudence et crainte, pour ne pas dire d'indifférence et même d'intimidation (…) Même sous la présidence de Lula la consultation directe de la base n'a pas obtenu une place plus importante (…) En un mot, la répugnance à offrir la tribune à la parole du peuple reflète ni plus ni moins que la peur d'une démocratie véritable.

(…) Serait-il si difficile, compliqué et dangereux d'organiser des consultations régulières de la population ? N'est-ce pas pratique courante dans certains pays comme la Suède, le Danemark et la Norvège ? Peut-être que l'utilisation des urnes électroniques s'avère être un obstacle à ce type de consultation. Si c'était le cas, ne vaudrait-il pas la peine de sacrifier la technologie de pointe et de favoriser une participation réelle en revenant aux bons vieux bulletins. Cela permettrait d'ajouter (…) des questions concernant l'éducation, la santé, l'environnement, les transports publics, la sécurité… Avec de tels plébiscites on pourrait organiser des politiques publiques s'appuyant sur des bases plus fermes et ainsi mieux acceptées par le peuple.

Ce qui est en jeu c'est la relation entre les électeurs et leurs représentants démocratiques. (…). Nous cheminons sur des voies parallèles : les extraterrestres du Planalto, du haut de leurs trônes, presque immortels, paraissent sourds et aveugles aux inquiétudes et aux problèmes qui tourmentent les simples terriens, pauvres mortels qui finissent par perdre leurs enfants, leurs espérances et leur confiance dans les autorités responsables.

Extraits d'Adital du 1er février 2011 (Traduction)

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Présentation

  • : Les amis de Gabriel MAIRE
  • Les amis de Gabriel MAIRE
  • : L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.
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