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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 19:48

Manifestent-elles une indignation, les femmes de Goma qui se battent pour cultiver une terre ingrate, dénoncer les violences subies et organiser la solidarité ? Elles refusent l’inacceptable misère qui tue leurs enfants. Elles affirment que le corps humain n’est pas un objet. Elles témoignent d’une capacité à s’entraider.

 

Manifestent-ils leur indignation, les groupes qui squattent un immeuble parisien inoccupé depuis trois ans pour y installer des familles sans logement ? Ils soulignent que l’être humain a des besoins fondamentaux, que la société doit contribuer à leur satisfaction. Ils dénoncent les dérives de la « marchandisation » qui place le logement sur le même plan qu’un produit de luxe ou un gadget électronique. Ils témoignent de ce que des cris de révolte peuvent se transformer en gestes politiques pour organiser autrement la vie sociale.

 

Ces situations, et bien d’autres, disent que l’indignation, avant d’être un discours, est une ré action. Là où quelque chose de fondamental manque à l’homme, la femme, l’enfant, tout simplement parce qu’il est une personne : manger chaque jour, ne pas être violée, avoir un toit, croire ou ne pas croire.

 

Il faut aller plus loin

 

S’indigner révèle aussi la capacité humaine à créer du neuf. Albert Camus disait : « Simultanément nous affirmions de façon positive (…) quelque chose qu’en nous repoussait l’offense et ne pouvait indéfiniment se laisser humilier. » L’indignation est comme une « vague » qui part du plus profond de l’être humain, là où le rationnel rencontre l’irrationnel et qui se concrétise en actes : « Tout de même, on ne peut pas laisser faire cela ! »

 

En réagissant, la personne assume sa propre dignité. Les « désabusés » et certains politiques ne se privent pas de critiquer ironiquement les « bien-pensants ». Contrairement à ces cyniques- inactifs, il me paraît toujours préférable, face à une injustice, de penser bien plutôt que mal ; ou de penser tout simplement plutôt que de laisser le monde aller à la dérive.

 

L’indignation prend racine et se nourrit de convictions fondamentales sur la personne humaine, la vie en société, et le sens de l’existence. L’indignation suppose chez celui qui la manifeste un « acte de foi en la valeur et la dignité de toute personne humaine », écrit Stéphane Hessel. Il fait référence aux options qui fondèrent le programme politique et social du Conseil national de la résistance. Quel programme pour 2011 ?

 

Jusqu’où défendre la dignité proclamée, malgré les différences d’opinions politiques, philosophiques et religieuses ? Est-il digne, le concurrent, le sans-papiers, l’ennemi, le criminel ? Va-t-on dire notre indignation lorsqu’un opposant, un mal-pensant est atteint dans sa dignité ? Il faut aller plus loin. Affirmer la dignité invite à contribuer, comme nous le pouvons, au respect effectif des droits fondamentaux que celle-ci suppose. Alors l’indignation, quittant le domaine des vœux pieux, « entre en politique ».

 

Notre temps ne manque pas de prophètes indignés

 

Certes, il est possible de ne pas être tous d’accord sur les mêmes choix politiques. Encore faut-il accepter l’incarnation de l’indignation. Nombre de témoins en ont payé le prix. La Bonne Nouvelle chrétienne, de Jésus à la pensée sociale de l’Église, insiste sur cette exigence. Les papes Jean XXIII et Paul VI se sont indignés en affirmant que « les peuples de la faim interpellaient la conscience de l’humanité tout entière ».

 

Benoît XVI souligne la nécessité de passer à l’acte : « Donner à manger est un impératif éthique pour l’Église universelle. » Comment gérer la tension entre la nécessité absolue de dénoncer l’inacceptable et la responsabilité exigeante de transformer le cri en projets précis ? L’incantation indignée mais non suivie de propositions désespère ceux et celles qu’elle avait secoués.

 

Acteurs politiques et membres de la société civile ont la responsabilité de mêler éthique de conviction et éthique de responsabilité, en transformant l’indignation en programmes – politique, économique et social – durables. L’indignation a la force et la clarté d’un coup de trompette ; elle se doit aussi d’indiquer une direction d’action.

 

Cette interpellation bouscule les comportements de chacun. En refusant de subir les consignes de la ségrégation raciale et en s’asseyant à une « place interdite », Rosa Parks a manifesté son indignation, changé ses habitudes et invité la population à modifier les siennes. Un grand mouvement pour la justice en naquit.

 

Les prophètes de la Bible s’indignent avec force. Ils joignent la parole aux actes en invitant à des comportements : aimer la bonté, apprendre à faire le bien, chercher la justice. Notre temps ne manque pas de prophètes indignés. Commençons à nous indigner contre nous-mêmes, nos paresses, nos petits arrangements, nos compromis.

 

 

Guy Aurenche,
président du Comité catholique contre la faim et pour le développement-Terre solidaire

 il a été pendant 29 ans avocat de la famille Maire en France pour l'assassinat de Gaby au Brésil 

 

Le 4 février 2011 dans la rubrique "forum et débats" de La Croix

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