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2 décembre 2020 3 02 /12 /décembre /2020 23:55

Ouvrez-moi les portes de justice :
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.
« C’est ici la porte du Seigneur :
qu’ils entrent, les justes ! »

Ps 117, 19-20 Premier jeudi de l'Avent

A la recherche d'une terre  - Photo prise à Cariacica 11/2014... C'est toujours d'actualité !

A la recherche d'une terre - Photo prise à Cariacica 11/2014... C'est toujours d'actualité !

"Les petits paysans sont obligés de quitter la campagne, leurs terres étant avalées par les gros. Une seule solution : trouver un emploi à la ville. Mais il faut se loger : le loyer le plus modeste atteint à peu près la valeur d'un salaire minimum ! Il faut donc construire une baraque ! Où ? Où l'on peut ! "

 

"Os pequenos camponeses são obrigados a abandonar a roça, tendo suas terras engolidas pelos grandes. Só restando uma solução: procurar um trabalho na cidade. Mas é preciso moradia; o aluguel mais modesto atinge mais ou menos o valor do salário mínimo; por isso é preciso construir um barraco. Onde? Onde eles podem. "

 

 

Leia a carta integra em português abaixo.

Un Clic ici pour toute information sur les publications : "Chemins d'Avent avec Gaby"

Echos de Vitόria

 

N° 5  -  20 août 19810

 

Bonjour !

 

Au moment où j'écris, ce sont encore les pleines vacances chez vous... et cette période nous vaut de voir passer pas mal d'Européens ici. Parmi eux, Paul, un prêtre belge, est resté trois mois (une bonne partie de ce temps avec nous). Il avait pris soin d'étudier déjà le portugais, ce qui lui a permis de faire autre chose que du simple tourisme, profitant ainsi au maximum des multiples rencontres qu'il fit à travers le Brésil (Avis à ceux qui voyageraient dans les années qui viennent !) ... Et quand vous recevrez cette lettre, il y aura presque un an que je serai à Vitόria (le 4 octobre).

 

Après le 10 mai

À la  suite des É.V. n° 4, plus de vingt lettres donnent des réactions détaillées, dont je ne peux rendre compte en détail cette fois-ci. Et le nombre de ceux qui m'ont écrit depuis le 10 mai évoquant la victoire socialiste est impressionnant : beaucoup d'ailleurs insistent surtout sur l'espoir populaire et le dynamisme nouveau pour continuer l'action. La variété des témoignages donnerait envie d'en faire pour le moins l'objet d'un article de revue (je n'en ai pas le temps, mais si quelqu'un voulait user de ces témoignages...). Vous interrogez beaucoup sur les réactions ici. Je vais me répéter, mais ceux qui sont informés attendent beaucoup, notamment en ce qui concerne des rapports nouveaux avec le tiers-monde et la défense des droits de l'Homme. Alors que la presse parlait très peu de la France, actuellement tous les voyages de Claude Cheysson sont relatés et commentés ; les gens engagés espèrent de la France « autre chose », « quelque  chose de nouveau », et un alignement sur les Etats-Unis serait jugé très sévèrement.

Le 8 juillet, le Journal National (informations télévisées du soir) parle du projet de nationalisations, y compris de deux multinationales, en France... Le 15, il annonce « la privatisation » au Brésil de soixante entreprises de l'État !... L'annonce de l'abolition de la peine de mort est également commentée.

 

Cinq semaines à Brasilia

Je ne décrirai pas Brasilia. D'abord j'ai cherché surtout à profiter au maximum de ce temps d'études et de réflexion. Nous étions dix-neuf « élèves », de neuf nationalités différentes, et travaillant dans neuf États différents du Brésil. L'intérêt de ce stage : perfectionner la connaissance de la langue, bien sûr, mais aussi connaissance de la réalité socio-économique du Brésil, des expériences d'éducation populaire, de conscientisation, de la pastorale de la Terre, du travail des communautés de base... etc... Entre nous, élèves, recherche sur la non-violence, sur la manière de continuer la communication avec nos pays d'origine. Une expérience très riche.

Pour le reste, tout le monde a vu des reportages sur cette ville qui a maintenant 21 ans d'âge et dont la population dépasse le million, dont 77 % de personnes de moins de 30 ans. Ville de fonctionnaires. Comme les loyers les plus bas sont de l'ordre de 20 000 cruzeiros (alors que le salaire minimum est d'à peine 9 000), les pauvres vont loger loin de la ville, car on ne tolère pas les baraques des pauvres, là moins encore qu'ailleurs.

Je suis rentré le 4 août, reprenant aussitôt le travail : en plus de ce que je faisais, je vais accompagner un autre secteur, très étendu, avec sept ou huit communautés supplémentaires (pour l'instant ! car les gens en créent sans cesse de nouvelles).

 

« Queimaram nossas casas, mas nao queimaram nossa forca »

(« Ils ont brûlé nos maisons, mais ils n’ont pas brûlé nos forces »)

 

Andorinhas

Le 26 mai, les habitants de baraques bâties dans la boue au bord d'un bras de mer, sont avisés qu'ils doivent démolir les baraques et quitter les lieux dans les 48 heures. L'officier de justice ne montre aucun document justificatif. Celui qui demande l'expulsion, se disant propriétaire des lieux, est un « Révérend », pasteur d'une des innombrables sectes qui fleurissent ici. Les habitants de ce quartier d'Andorinhas se réunissent et vont demander l'aide des avocats de l'archevêché et de quelques autres personnes. Le 29, les gardes du corps du Révérend, escortés par la police, viennent démolir  deux baraques et menacent tout le monde. Le 30, à la tombée de la nuit, retour de la police et des hommes de main du Révérend : ils tirent des coups de feu, prennent et battent quelques personnes, blessent une femme gravement, démolissent dix maisons. Entre temps, les avocats avaient obtenu du juge qu'il empêche toute action contre les habitants. Ceux-ci s'organisent toutefois pour rencontrer le gouverneur de l’État, mais ils ne sont pas  reçus : « Le gouverneur ne peut rien pour vous. C'est l'affaire des juges ! ». Malgré la décision du juge, la police revient le 1er juin, et les hommes du sinistre Révérend brûlent encore deux maisons, avec tout ce qu'il y a dedans (vêtements, outils...). Même chose le 2 juin, de bonne heure : la police chasse tout le monde pour permettre aux hommes du Révérend de mettre le feu aux maisons qui restent. Les avocats arrivent, montrant la décision du juge. Mais le délégué de police dit qu'il obéit à un « ordre du Gouverneur »...  Et le feu achève son œuvre.

Les réunions des habitants se poursuivent, avec l'appui de vingt-deux organisations. Pourtant, le 8 juin, le juge change d'opinion et donne raison au Révérend, qui vit tranquillement dans sa maison, protégé par la police, tandis que les habitants d'Andorinhas, sans abri, ne peuvent revenir sur les lieux.

 

« Ils n’ont pas le droit de réciter le Notre Père ! »

Le 18 juin, jour férié ici : c'est la fête du Saint-Sacrement, une grande procession est prévue à travers les rues de la ville, de la cathédrale à la « Praça 8 », la place principale de Vitόria. Les défenseurs des gens d'Andorinhas ont choisi de faire, juste avant la procession, un « ato pùblico » (manifestation) sur le parvis de la cathédrale. Quelques centaines de personnes participent d'un peu toutes les communautés de Vitόria et de la périphérie, avec banderoles et slogans. La banderole des victimes retient l'attention : « Queimaram mossas casas, mas nao quimaram nossa forca »

Dom João, l'archevêque, participe au meeting. Il accuse :

« Ceux qui appellent la police pour chasser le peuple, ceux qui donnent l'ordre à la police de chasser le peuple, n'ont pas le droit de réciter le Notre Père sous peine de mensonge, car celui qui n'aime pas ses frères ne peut pas reconnaître Dieu comme Père... On ne veut la mort de personne, mais il faut qu'ils se repentent, ces gens-là, qu'ils se convertissent. » Puis il demande à tout le monde de lever le bras : « Qui est le Royaume de Dieu ? C'est vous  tous qui êtes là ! »

 

Plus  tard, pendant le Salut du Saint-Sacrement sur la place, Dom João évoque de nouveaux Andorinhas dans son sermon, il évoque le péché de ceux qui chassent le peuple de ses maisons, puis, brandissant la main en direction du Palais du Gouverneur (qui est à quelques centaines de mètres), il dénonce : « Celui qui connaît le péché connaît aussi le pécheur ». Et, à l'adresse de tous les chrétiens  présents (ils sont des milliers − de 5 à 10 000 − alors qu'ils n'étaient que quelques centaines à la manifestation) : « En apprenant ce qui se passait à Andorinhas, c'est le peuple chrétien tout entier qui aurait dû sortir des églises pour soutenir ceux qui souffrent violence. » Il est applaudi. Un instant plus tard, juste avant de bénir la foule avec le Saint-Sacrement, se rendant compte qu'il a oublié de parler d'un autre événement d'actualité, la grève des professeurs de l'État, qui reçoivent un salaire de misère, il se lève et soutient vigoureusement, sous les applaudissements de la foule, ces « valeureux professeurs ».

Le lendemain, la presse locale parle de la manifestation : elle « oublie » de dire que Dom João était présent. La presse rend compte de la procession du Saint-Sacrement : elle oublie encore de parler du sermon de Dom João ! Il est vrai aussi que, même parmi ceux qui ont applaudi, beaucoup oublient aussi de sortir des églises quand il faut défendre les pauvres.

Mais il  n'y eut pas que Dom João qui prit la parole. Dans un langage de prophète, un homme parle comme Jésus dénonçant les Pharisiens. Une des victimes explique ce que sa baraque représentait pour lui, avec les outils dedans. Une femme commença à expliquer qu'on leur donnait « une heure » pour fuir, mais quand elle en vint à expliquer qu'ils avaient tout cassé, elle éclata en sanglots et ne put continuer. Une responsable de la Commission de soutien expliqua que quelqu'un avait proposé à deux familles de quoi les reloger. Mais ces deux familles ont refusé, disant qu'ils n'acceptaient pas de solutions individuelles : nous voulons que nos dix-huit familles soient relogées ensemble et dans un même lieu. Et puis, ce goût des Brésiliens pour le théâtre ! Au cœur du meeting, avec beaucoup d'humour, un groupe d'expulsés fit la reconstitution des faits. Ce théâtre improvisé se concluait par cette phrase du Révérend : « Une fois de plus, j'ai gagné la .bataille ». Et le tract disait :

« Une fois de plus, la loi de l'argent est gagnante, passant par-dessus le droit d'avoir une maison, même construite dans un terrain bourbeux. Et le pire est qu'on utilise le peuple contre le peuple. Les grands emploient le petit contre le petit. »

 

Ceci dénonce l'usage continuel de la police contre le peuple, alors que les policiers sont recrutés parmi les sans travail, sans formation, parmi les pauvres.

Parmi ceux qui prirent la parole, un ouvrier du bâtiment, Pedro, animateur de communauté, résuma fort bien le problème de la terre, dont les expulsions ne sont que l'acte final. Les petits paysans sont obligés de quitter la campagne, leurs terres étant avalées par les gros. Une seule solution : trouver un emploi à la ville. Mais il faut se loger : le loyer le plus modeste atteint à peu près la valeur d'un salaire minimum ! Il faut donc construire une baraque ! Où ? Où l'on peut ! Les sociétés immobilières font des prix énormes. Pas d'autre ressource que d'occuper un terrain vide (qui peut − ou non − appartenir à quelqu'un ; ce dernier ayant − ou non − un titre de propriété). Ce sont les « invasions ». Ainsi, Pedro explique que dans son quartier (un de ceux que j'accompagne), il y a deux ans que l'invasion a commencé. Il y a maintenant 12 à 15 000 habitants, et la lutte continue, avec commission des habitants, commission de transports, etc…

Ce phénomène est quotidien et touche toutes les villes de grande et de moyennes importances. Ce n'est pas fortuit, c'est la conséquence d'une volonté : il faut que les gens quittent la terre pour la ville, mais rien n'est fait pour accueillir ces millions de migrants. Et à ceux dont le dernier recours est d'habiter dans la boue, sans eau potable, sans électricité, sans égout, dans quelles conditions d'hygiène !..., le pouvoir au service des puissants envoie sa police. Rien que pour Vitόria, cela s'est renouvelé au moins quatre fois après Andorinhas.

 

 

Cette réalité expliquée par des chiffres

L'État de l'Esprit-Saint - un des plus petits États ou Territoires (il y en a vingt-six) du Brésil, compte 2 053 000 habitants. De1970 à 1975,  dix mille petits propriétaires ruraux ont disparu ainsi que cinq cents petites entreprises. Actuellement, une grande partie des maçons sont d'anciens agriculteurs. En 1960, le grand Vitόria comptait 198 000 habitants ; en 1980 : 719 000 (plus 521 000, soit + 263 %). De 1960 à 1980, la population du diocèse de Vitόria est passée d'environ 600 000 à 1 200 000 habitants, la population urbaine passant de 28,5 % à 64,2 % ! Dans le grand Vitόria, 45 % des habitations construites depuis 1977 sont des baraques.

 

 

« On veut notre tas d’ordures ! »

Une manifestation pour défendre le droit de gratter la décharge municipale de Vitόria ! Peut-être un rendu du Tribunal pour savoir si on a le droit de gratter le tas d'ordures ! Jusqu'ici, des tas de gens vivaient de ça. La décharge a changé de place voici peu, et un homme s'est présenté pour chasser les gratteurs de poubelles : « C’est mon terrain ! ». La police est venue, bien sûr au service du puissant contre le faible. Une fois de plus les victimes sont allées à l'Évêché chercher l'appui des avocats et de la commission « Justice et Paix ». Les avocats ont porté l'affaire en justice. Dans la cour de l'Évêché, un meeting. Dom João participe. Impressionnantes, à faire pleurer (vraiment), les prises de paroles de ceux qui disent leur droit, relatent les faits, ou soutiennent les victimes ! Chaque fois que quelqu'un gravit les marches du perron pour parler, un nouvel orateur se dévoile en lui... et ce sont des gens dont la plupart savent à peine lire ! D'autres victimes du système sont là, par solidarité.

Quand une femme bien intentionnée parle de lutter pour un meilleur emploi, c'est un tollé parmi les gratteurs d'ordures ! « Non ! On veut notre tas d'ordures. Nous ne voulons pas être enfermés dans une usine pour un salaire minimum de misère (environ 560 francs par mois). Nous voulons continuer, comme nos parents à travailler sur la décharge, c'est notre droit, c'est cela qui nous fait vivre ». Des orateurs questionnèrent : « Qu'est-ce qu'une société qui ne permet même pas au pauvre de vivre des ordures ? Il y a des millions de chômeurs, et l'on chasse les gens qui vivent des tas d'ordures ! ». Et comme dans toutes les  manifestations ici, quelqu'un du peuple a composé une chanson, sur un air connu. Et tout le monde chante :

 

Réveille-toi, Brésil, réveille-toi et viens voir

Ici, dans l’État de l’Esprit-Saint

Si un gratteur de dépôt d’ordures veut survivre.

Si j’avais su qu’au tas d’ordure aussi le riche ferait commerce

Et enverrait la répression, je ne serais pas allé.

… Qu’on nous laisse au moins gratter les ordures, Monsieur le Juge !

Toujours nous avons travaillé en paix,

Jusqu’à ce que les grands disent : Non !

 

 

Pour aider, il a vendu sa montre

Une communauté très pauvre. Maria me raconte :

Un jeune de 20 ans est arrivé, il y a quelques jours d'un autre État du Brésil. Son père est mort, puis sa mère. Il a à charge une sœur et un frère (15 et 3 ans). Il a demandé la communauté catholique. On s'est cotisé pour payer le taxi qui a ramené ses affaires de la Rodoviaria (gare routière). C'est une chance, il a un emploi. Avec les voisins, on a trouvé une baraque pour loger les trois. Mon mari a vendu une montre qu'il avait (pour 100 francs environ) afin de les aider.

 

Le mari ajoute : « Il y a des gens comme ça, qui méritent qu'on les aide ». Je  regarde la pauvre habitation de Maria et Alcendino, et je sais que lui, malade, ne peut pas travailler, depuis longtemps, et que sa pension ne doit pas  être bien élevée.

 

 

« L’Église des plus humbles nous interpelle tous »

 

J'avais encore préparé plusieurs paragraphes. L'un s'appelait : « Tribunal populaire ». Un autre : « Ça suffit, chauffeur ! »... Et quelques autres informations. Mais je me rends compte que ce numéro va encore donner bien du travail à l'équipe de diffusion. Je ne résiste quand même pas au plaisir de vous transmettre cette définition de la démocratie : « Le principe d'une société démocratique, c'est l'autorité ». Je l'ai entendue de la bouche du secrétaire de l'Éducation de l’État de l'Esprit-Saint. Et puis, le prix du pain : celui que je payais 1,80 cruzeiros en octobre 1980, un peu plus tard 2,20, puis 3, je le paie aujourd'hui (20 août) 4 cruzeiros !

Et puis, sans allonger, parce que l'équipe Sanclaudienne vous proposera sans doute quelque chose à ce sujet, un petit extrait du texte d'une conférence que Dom Luis, évêque auxiliaire de Vitόria, donnera en septembre au Québec. Le titre :

 

« L’Église des humbles nous interpelle tous. »

Les communautés ne comprennent pas la responsabilité des chrétiens séparés de l’engagement politique, au sens le plus noble et le plus haut du terme. Leur pratique (non une théorie qu’on leur aurait inculquée) les amène à découvrir leur Église essentiellement comme « servante de l’humanité »… Pour ce peuple, une Église qui ne transforme pas le monde est une Église qui fait faillite : elle s’est trompée sur ses véritables objectifs… Est-ce que les chrétiens du 1er monde (le monde riche) font vraiment l’effort de changer ce monde, d’autant qu’ils savent que ce monde est « UN » ? Et que les tragédies du tiers-monde ont leur origine, en grand partie, dans le 1er.

 

Une réflexion sur les communautés de base (CEBs) qui vaut la peine, un témoignage qui peut utilement interpeller...

Ce que ces Échos de Vitόria, modestement, voudraient aussi faire, bien amicalement.

 

Gaby

ECOS DE VITÓRIA Nº 5

20 DE AGOSTO DE 1981

Olá!

Neste momento em que escrevo ainda são férias por aí... E neste período nós vemos passar um monte de europeus aqui. Entre eles, Paul, um padre belga, que permaneceu três meses (uma boa parte deste tempo conosco). Ele já havia tomado o cuidado de estudar antes o português, o que lhe permitiu fazer algo mais do que apenas turismo, aproveitando assim para tirar o máximo proveito de várias reuniões que ele fez pelo Brasil (conselho para aqueles que viajam nos próximos anos!)... E quando vocês receberem esta carta haverá quase um ano que eu estou em Vitória (4 de outubro).

APÓS O 10 DE MAIO

Na sequência do EV nº 4, mais de 20 cartas dão reações detalhadas, das quais eu não posso dar conta neste momento. E o número daqueles que me escreveram depois do 10 de maio, referindo-se à vitória socialista, é impressionante: muitos insistem especialmente na esperança popular e nova energia para continuar a ação. A variedade de depoimentos daria a vontade de fazer pelo menos o tema de um artigo de uma revista (eu não tenho tempo, mas se alguém quisesse usar estes depoimentos...). Vocês me perguntam bastante sobre as reações aqui. Estou me repetindo, mas aqueles que são informados esperam muito, especialmente no que diz respeito a novas relações com o Terceiro Mundo e na defesa dos direitos humanos. Já que a imprensa falava muito pouco da França, atualmente todas as viagens de Claude Cheysson[1] são relatadas e comentadas: as pessoas engajadas esperam da França “algo mais”, “algo novo”, e o alinhamento com os Estados Unidos seria julgado muito severamente.

No dia 8 de julho, o Jornal Nacional (informações televisivas da noite) falou sobre o projeto de nacionalizações, incluindo duas multinacionais, na França. No dia 15 ele anunciou “a privatização”, no Brasil, de 60 empresas estatais!... O anúncio da abolição da pena de morte também foi igualmente comentado.

CINCO SEMANAS EM BRASÍLIA

Não vou descrever Brasília. Primeiro eu tentei especialmente aproveitar ao máximo esse tempo de estudos e reflexão. Éramos 19 alunos, de nove nacionalidades diferentes e trabalhando em nove Estados diferentes do Brasil. A vantagem desse curso: aperfeiçoar o conhecimento da língua, é claro, mas também o conhecimento da realidade socioeconômica do Brasil, as experiências de educação popular, de conscientização, da Pastoral da Terra, do trabalho das comunidades de base,... Entre nós, os alunos, a pesquisa sobre a não violência, sobre a forma de continuar a comunicação com nosso país de origem. Uma experiência muito rica.

Quanto ao resto, todo o mundo tem visto reportagens sobre esta cidade, que hoje tem 21 anos de idade, com uma população superior a um milhão e 77% das pessoas com menos de 30 anos. Cidade de funcionários públicos. Como os aluguéis mais baixos são da ordem de 20 mil cruzeiros (enquanto o salário mínimo é de quase 9.000), os pobres ficam longe da cidade, porque não se tolera os barracos dos pobres; uma tolerância ainda menor que em qualquer outro lugar.

Voltei no dia 4 de agosto, retomando imediatamente o trabalho: além do que eu já fazia, eu vou acompanhar um outro setor, muito grande, com 7 ou 8 comunidades adicionais (por enquanto! Porque as pessoas constantemente criam novas comunidades).

 

"QUEIMARAM NOSSAS CASAS /MAS NÃO QUEIMARAM NOSSA FORÇA"

 

ANDORINHAS

26 de maio: os moradores de barracos construídos na lama na beira de um braço de mar são avisados de que eles devem destruir suas casas e deixar o local em 48 horas. O oficial de justiça não mostra nenhum documento justificativo. Quem pede a expulsão se dizendo proprietário do imóvel é um reverendo, pastor de uma das inúmeras seitas que florescem aqui. Os habitantes deste bairro de Andorinhas se reuniram e vão pedir ajuda aos advogados da Arquidiocese e de outras pessoas. No dia 29, os guarda-costas do reverendo, escoltados pela polícia vêm demolir dois barracos e ameaçam todo mundo. No dia 30, ao entardecer, a polícia e os bandidos do reverendo estão de volta: eles atiram, prendendo e batendo em algumas pessoas, ferem uma mulher gravemente, demolem 10 casas. Enquanto isso os advogados obtiveram do juiz que fosse impedida toda ação contra os moradores. Estes se organizam para encontrar o governador do Estado, mas não são recebidos: "O governador não pode fazer nada por vocês. Este é um caso para o juiz”. Apesar da decisão do juiz, a polícia volta no dia 1º de junho, e os homens do sinistro reverendo queimam ainda duas casas com tudo o que têm dentro (roupas, instrumentos de trabalho,...). A mesma coisa no dia 2 de junho. Bem cedo: a polícia expulsa a todos para permitir aos homens do reverendo de colocar fogo nas casas que permanecem. Os advogados chegam, mostrando a decisão do juiz. Mas o delegado de polícia diz que ele obedece a uma “ordem do governador”...; e o incêndio conclui o seu trabalho.

As reuniões dos moradores têm continuidade com o apoio de 22 organizações. No entanto, no dia 8 de junho, o juiz muda de opinião e dá razão ao reverendo, que vive tranquilamente na sua casa, protegido pela polícia, enquanto os habitantes de Andorinhas, sem abrigo, não podem retornar ao local.

 

No dia 18 de junho – feriado aqui – é a festa de Corpus Christi; uma grande procissão está prevista, nas ruas da cidade, da Catedral até a “Praça 8”, a praça principal de Vitória. Os defensores do povo de Andorinhas escolheram fazer, exatamente antes da procissão, um ato público (manifestação) no pátio da Catedral. Algumas centenas de pessoas participam: um pouco de cada comunidade de Vitória e da periferia, com cartazes, faixas e slogans. A faixa das vítimas chama a atenção: “Queimaram nossas casas, mas não queimaram nossa força”.

 

“ELES NÃO TÊM O DIREITO DE REZAR O PAI-NOSSO!”

Dom João, Arcebispo, participa do ato. Ele acusa: “Aqueles que chamam a polícia para caçar o povo; aquele que dá a ordem à polícia de caçar o povo, não têm o direito de rezar o Pai Nosso, sob pena de mentira, porque aquele que não ama seus irmãos não pode reconhecer Deus como Pai. Não queremos a morte de ninguém, mas é preciso que essas pessoas se arrependam, que elas se convertam”. Depois ele pede a todos para levantar os braços: “Quem é o Reino de Deus? São todos vocês que estão aqui”.

Mais tarde, durante a adoração do Santíssimo Sacramento, na Praça, Dom João recorda de novo Andorinhas no seu sermão; ele volta a falar do pecado daqueles que caçam o povo de suas casas; depois, erguendo a mão em direção ao Palácio do Governador (que é a poucas centenas de metros), ele denuncia:

“Aquele que conhece o pecado conhece também o pecador”. E se endereçando a todos os cristãos presentes (são milhares – de 5 a 10.000 – enquanto que não eram mais que algumas centenas os que foram especificamente para a manifestação): “Ao saber o que aconteceu com Andorinhas, todo o povo Cristão deveria deixar as igrejas para apoiar aqueles que sofrem violência”. Dom João é aplaudido. Um momento depois, pouco antes de abençoar a multidão com o Santíssimo Sacramento, percebendo que se esqueceu de mencionar um outro evento atual, a greve dos professores do Estado, que recebem um salário de miséria, ele se levanta e defende firmemente, sob o aplauso da multidão, "esses bravos professores”.

No dia seguinte, a imprensa local fala sobre a manifestação: Eles “esqueceram” de dizer que Dom João esteve presente. A imprensa informou da procissão do Santíssimo Sacramento: mas esqueceu de novo de mencionar o sermão de Dom João. Também é verdade que, mesmo entre aqueles que aplaudiram, muitos também não conseguem sair da igreja quando se trata de defender os pobres.

Mas não foi apenas Dom João quem falou. Em uma linguagem de profeta, um homem fala como Jesus, denunciando os Fariseus. Uma das vítimas explica o que seu barraco era para ele, com as ferramentas dentro. Uma mulher começou a explicar que eles tiveram “uma hora” para escapar, mas quando ela mencionou que eles quebraram tudo, ela começou a chorar e não pôde continuar. Uma responsável da comissão de apoio explicou que alguém havia proposto a duas famílias de realocá-las. Mas estas duas famílias se recusaram, dizendo que eles não aceitariam soluções individuais: “queremos que nossas 18 famílias sejam realocadas em um só lugar”. E depois, este gosto do brasileiro pelo teatro! No coração da reunião, com muito humor, um grupo de expulsos fez a reconstituição dos fatos. Esse teatro improvisado terminou com esta frase do reverendo: “Mais uma vez eu ganhei a batalha”. “A lei do dinheiro ganhou – dizia a peça – passando por cima do direito de ter uma casa, construída sobre a lama. E o pior é que usam o povo contra o povo. Os grandes usam o pequeno contra o pequeno”. Isso condena o uso contínuo da polícia contra o povo, enquanto os policiais são recrutados entre os desempregados, sem formação, entre os pobres.

Entre aqueles que tomaram a palavra, um operário da construção civil, Pedro, animador de comunidade, resumiu bem o problema da terra, em que os despejos não são o ato final. Os pequenos camponeses são obrigados a abandonar a roça, tendo suas terras engolidas pelos grandes. Só restando uma solução: procurar um trabalho na cidade. Mas é preciso moradia; o aluguel mais modesto atinge mais ou menos o valor do salário mínimo; por isso é preciso construir um barraco. Onde? Onde eles podem. As empresas imobiliárias cobram um preço enorme. Não tem outro recurso a não ser o de ocupar um terreno vazio (que pode – ou não –pertencer a alguém; tendo este último – ou não – um título de propriedade). Estas são as “invasões”. Assim, Pedro explica que, no seu bairro (um daqueles que eu acompanho), tem dois anos que a invasão começou. Há agora 12 a 15.000 habitantes e a luta continua com a comissão de moradores, comissão de transporte, etc.

Esse é um fenômeno diário e mexe com todas as cidades de grande e médio porte. Isto não é acidental, é a consequência de uma vontade: É preciso que as pessoas troquem o campo pela cidade, mas NADA é feito para acolher estes milhões de migrantes. E aqueles cujo último recurso é morar na lama, sem água potável, sem eletricidade, sem esgoto, em que condições de higiene!... O poder a serviço dos poderosos envia sua polícia. Apenas em Vitória esse fato ocorreu ao menos mais quatro vezes após  Andorinhas.

ESTA REALIDADE EXPLICADA POR NÚMEROS.

O Estado do Espírito Santo – um dos menores Estados do Brasil (há 26 Estados), conta com 2.053.000 habitantes. De 1970 a 1975, 10.000 pequenos proprietários rurais desapareceram, e 500 pequenas empresas. Atualmente, uma grande parte dos operários é composta de antigos agricultores. Em 1960 a Grande Vitória tinha 198.000 habitantes; em 80, 719.000 (um acréscimo de 521.000, ou seja, 263%). De 1960 a 80 a população da diocese de Vitória passou de cerca de 600.000 a 1.200.000 habitantes; a população urbana passando de 28,5 % a 64,2%. Na Grande Vitória, 45% das casas construídas depois de 1977 são barracos.

 “QUEREMOS NOSSO MONTE DE LIXO!”

Uma manifestação para defender o direito de catar a descarga municipal de Vitória. Talvez uma determinação do Tribunal para saber se eles têm o direito de catar o monte de lixo! Até agora, muitas pessoas viviam disso. A descarga mudou de lugar e um homem se apresentou para expulsar os catadores de lixo: “é o meu terreno!”. A polícia veio, é claro, a serviço dos poderosos contra os fracos. Mais uma vez as vítimas foram ao bispado, procurar apoio dos advogados e da Comissão Justiça e Paz. Os advogados levaram o caso ao Tribunal. No pátio da pastoral, uma reunião. Dom João participa. Impressionante, de chorar (verdadeiramente), os testemunhos daqueles que reclamam seu direito, relatam os fatos, ou apoiam as vítimas! Cada vez que alguém toma a palavra, um novo orador surge em si. E a maioria dessas pessoas mal sabe ler! Há ali outras vítimas do sistema, em solidariedade.

Quando uma mulher, bem intencionada, fala de lutar por um emprego melhor, os catadores de lixo contestam!  “Não! Queremos nosso monte de lixo. Nós não queremos ficar fechados em uma usina por um salário mínimo de miséria (em torno de 560 francos por mês). Nós queremos continuar, como nossos pais, a trabalhar na descarga do lixo, é nosso direito; é isto que nos faz viver”. Oradores questionaram: "Que sociedade é esta que não permite ao menos que os pobres vivam de lixo? Há milhões de desempregados e eles caçam as pessoas que vivem do monte de lixo?”. E, como todas as manifestações daqui, alguém do povo compôs uma canção a partir de alguma melodia conhecida. E todo mundo canta:

                              “Acorda, Brasil! Acorda e vem ver

                              Aqui, no Estado do Espírito Santo

                              Se um catador de lixo pode sobreviver

                              Se eu soubesse que até com o lixo os ricos fossem concorrer

                              E enviariam a repressão, eu não teria ido.

                              ... que nos deixem pelo menos raspar o lixo, senhor juiz!

                              Nós trabalhamos sempre em Paz.

                              Até o dia em que os grandes dizem: Não!”.

 

 

 

PARA AJUDAR ELE VENDEU SEU RELÓGIO

Em uma comunidade muito pobre, Maria me conta: “Um jovem de 20 anos chegou, há alguns dias, de um outro Estado do Brasil. Seu pai morreu; depois, a sua mãe. Ele cuida de uma irmã e um irmão (15 e 3 anos). Ele pediu ajuda na comunidade católica. Eles  contribuíram para pagar o taxi que trouxe seus pertences da rodoviária. Ele tem um emprego. Com os vizinhos, achamos um barraco para alojar os três. Meu marido vendeu um relógio que ele tinha (por 100 francos aproximadamente) a fim de ajudá-los”. O marido acrescenta: “há pessoas assim, que merecem ajuda”. Eu olho a pobre casa de Maria e Alcendino e eu sei que ele, doente, não pode trabalhar, há tempos, e que sua pensão não deve ser alta.

 

"A IGREJA DOS MAIS HUMILDES NOS QUESTIONA"

Eu ainda preparei vários parágrafos. Um se chamaria “Tribunal Popular”; um outro, “Chega motorista!”... e algumas outras  informações. Mas eu me dou conta de que este número vai dar muito trabalho à equipe de divulgação. Eu não resisto ainda ao prazer de transmitir-lhes esta definição de democracia: “O princípio de uma sociedade democrática é a autoridade". Eu escutei isso da boca do Secretário de educação do Estado do Espírito Santo. E depois, o preço do pão: que eu estava pagando 1,80 cruzeiros em outubro de 1980; um pouco mais tarde, 2,20; em seguida 3,00; eu pago hoje (20 de agosto) 4 cruzeiros.

E depois, sem me alongar, porque a equipe de Saint-Claude vai propor a vocês sem dúvida algo sobre isso, um pequeno trecho do texto de uma palestra que Dom Luís, bispo auxiliar de Vitória, vai dar em setembro, em Quebec. O título:

               “A igreja dos mais humildes nos questiona”.

               “As comunidades não compreendem a responsabilidade dos cristãos separadas do engajamento político, no sentido mais nobre e mais alto do termo. Sua prática (não  uma teoria que foi injetada) os leva a descobrir a sua Igreja essencialmente como ‘Serva da humanidade’... Para este povo, uma Igreja que não transforma o mundo é uma Igreja falida: está enganada sobre seus verdadeiros objetivos. Será que os cristãos do Primeiro Mundo (o mundo rico) fazem verdadeiramente esforços de mudar este mundo, sabendo que este mundo é ‘UM’? E que as tragédias do Terceiro Mundo têm sua origem, em grande parte, no Primeiro...”

Uma reflexão sobre as Comunidades de Base (CEBs) que vale a pena, um testemunho que pode nos desafiar...

É isso o que esses “Ecos de Vitória”, modestamente, gostariam também de fazer.

 

Bem amigavelmente.

 

Gaby

 

[1] Claude Cheysson: Político francês, ocupou o cargo de Ministro de Relações Exteriores entre os anos 1981 e 84.

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