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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 09:29

Port-Lesney, samedi 18 janvier 2020

 

COMMENT CONTINUER A CROIRE QUE NOS NOMS SONT ECRITS DANS LE CIEL, S’ILS NE LE SONT PAS SUR LA TERRE ? (cf Luc 10, 20)

 

Nous avons été touchés et marqués durant notre séjour au Brésil à Vitória du 5 au 28 décembre 2019, de découvrir écrit le nom : « Padre Gabriel Maire » dans beaucoup d’endroits. Nous l’avons vu, pour dénommer un quartier populaire à Cariacica, une ligne d’autobus dans le même coin ou encore l’entrée d’un institut accueillant des enfants, des adolescents et des adultes « exceptionnels » comme sont appelées les personnes en difficulté. Nous sentions bien que ces inscriptions étaient signes que le nom de Gaby était écrit dans le cœur de celles et ceux avec qui il avait créé des liens et entrepris un ouvrage de libération. « Tu avais donné ta vie Gaby, à ces personnes et à ces communautés que tu avais aimées ». Elles le reconnaissaient en continuant de se laisser habiter par « le souffle de la théologie de la libération »

 

Sept d’entre ces personnes : Joana, Penha L, Raquel, Penha Dalva, Oscarina et Jovanir, membres des deux associations brésiliennes des amis de Gaby, et Padre Manoel représentant de l’archidiocèse, nous accompagnaient pour un séjour en France de trois semaines, lorsque nous étions de retour fin décembre.

 

Souvent dans les lieux dont nos amis nous avaient ouvert les portes à Vitoria, nous les avions entendus chanter et invoquer  le nom de « Padre Gabriel » et ils nous interpelaient à ajouter avec une ferme conviction : « Presente », ou encore « Profeta Gabriel, ta lutte n’a pas été vaine. »

 

Pendant les neuf ans que Gaby a vécu au Brésil, deux ou trois fois par an, il nous écrivait les « Echos de Vitoria ». A la lecture de ces écrits, nous entendions les cris de révolte des membres de ce peuple opprimé, avec qui Gaby se solidarisait. Nous entendions aussi les paroles d’espérance des gens de « ces communautés écclésiales de base »(CEBs), qu’il accompagnait. Nous recevions ces échos d’une profonde « théologie de la libération » qui les imprégnait. Au travers de toutes ces luttes, Gaby prenait le temps encore de nous écrire personnellement, quand nous vivions une épreuve ou une joie. Il m’avait écrit une lettre très fraternelle lorsque ma maman était morte le 8 septembre 1981. Gaby me faisait penser à Job qui disait dans la bible : « Oh, je voudrais qu’on écrive mes paroles, qu’elles soient gravées en une inscription avec le ciseau de fer et le stylet, et sculptées dans le roc pour toujours. » (Job : 19, 23-24).

 

Comment chercher à ce que les traces du travail d’évangélisation de Gaby ne soient pas perdues pour nous amis du Jura et de Vitoria ?

Dans l’association des Amis de Gaby Maire en France, nous nous étions dit depuis très longtemps déjà, bien avant ce voyage : « Et si nous inscrivions le nom de Gaby Maire, ici dans le Jura, dans une communauté ou dans un lieu de vie où Gaby s’était mis au service des gens, dans un endroit du Jura où il avait planté ses racines, dans un lieu important à ses yeux et aux nôtres ? »

 

Il y avait eu alors dans l’église de son village, Port-Lesney, l’endroit où il a été baptisé. Voici ce que nous y avions écrit et fait graver :

Qu’est-ce que nous avions été heureux de pouvoir concrétiser cette inscription. Mais, l’Esprit qui s’était révélé habiter Gaby à son baptême, et dans le fait de devenir prêtre, l’avait poussé sur les places publiques, dans les rues des cités, en solidarité avec les « Citoyens du Monde », au profond des favelas,  dans des endroits qu’il avait arpentés à la recherche des déshérités. C’était donc « au dehors » qu’il fallait écrire le nom de Gaby et pas rien qu’« au-dedans. »

 

Durant l’année 2019 au Brésil et en France, à Vitória et dans le Jura, nous communiquions et nous nous interpelions les uns et les autres afin de préparer le 30ème anniversaire de la mort de Gaby. Une demande était faite aux municipalités de Port-Lesney, de Dole et Saint-Claude de donner le nom de Gabriel à une rue de leur village, de leur ville. Un jour, le maire de Port-Lesney nous répondit. Son conseil municipal et lui, en lien avec la famille de Gaby, faisaient une proposition à notre association. Nous convenions avec eux, que lorsque nous serions de retour du Brésil, avec les membres des associations brésiliennes des Amis de Gaby, que la journée du samedi 18 janvier 2020, serait consacrée à nommer « Place Gabriel Maire », la place du village sise entre le pont qui enjambe la Loue et l’église du baptême de Gaby.

 

Et nous voilà à ce samedi 18 janvier 2020 dans le village de Port-Lesney avec nos amis brésiliens. Je me passionne à écrire vos noms sur mon cahier, amis qui arrivez pour vivre ce moment humblement historique. Mais je cherche surtout à ramasser nos paroles et nos attitudes, nos pensées échangées en cet instant. Elles contribuent à révéler ce qui peut « se cacher depuis le commencement du monde » dans le fait que nos noms soient écrits sur la terre. Y a-t-il un rapport avec le fait que « nos noms sont écrits dans le ciel », d’après ce que dit Jésus ?

 

Nos noms sont inscrits dans le cielNos noms sont inscrits dans le ciel
Nos noms sont inscrits dans le cielNos noms sont inscrits dans le ciel

En inscrivant le nom de Gabriel Maire sur la place de son village natal, nos noms s’entremêlent brésiliens et jurassiens. « Le petit pont entre les continents » souhaité par Gaby se réalise. Nous nous envisageons les uns les autres. Désormais les visages des migrants nous feront moins peur. Leur présence nous paraitra moins étrange. Nous écrirons les noms d’Abdoulai, Fatmir, Zohra, sur nos agendas de rencontre, comme les noms de Pierre, Paul et Marie-Madeleine. L’inscription de leurs noms ne se réduira pas au risque de leur expulsion du territoire.  Le vent qui a poussé Gaby à aller jusqu’à « donner sa vie pour ses amis » souffle à notre porte.

 

Nous allons chercher davantage quel dynamisme travaillait dans l’être de Gaby et dans son comportement. Il racontait et écrivait dans les échos de Vitoria comment il se référait au sermon sur la montagne de Jésus : «  Heureux les Pauvres, les Doux, les Artisans de paix, par le respect du droit et de la justice … » (Matthieu 5). Son amitié avec Helder Camara, l’évêque de Récife, l’avait conduit à se reporter sans cesse à « l’option prioritaire pour les pauvres, » définie à Medelin et à Puebla. Gaby était un homme qui sans cesse faisait correspondre ses actes avec ses paroles et ses écrits.

 

Gaby, tu voulais aller jusqu’au bout de l’évangélisation, « jusqu’aux extrémités du monde » Tu disais Gaby ce que racontait Jésus. Nous sentons à travers tout le prophétisme de ta vie au Brésil et déjà chez nous, que tu faisais tout ton possible pour que les noms des personnes les plus éprouvées soient écrits sur la terre. C’est à travers le respect de leurs droits et de leur dignité sur la terre des hommes, dans nos rapports humains, qu’ils découvraient que « leurs noms sont écrits dans les paumes des mains de Yahvé Dieu », comme il est écrit dans le prophète Isaïe (49, 1-16)

En gravant ton nom Gaby sur la place de ton village, nous sentons bien que nous le lirons en passant à cet endroit. Nous continuerons alors d’entendre ton appel à ce que les noms des plus déshérités de la planète, et il y en a dans le Jura et il en arrive encore, soient écrits sur un morceau de Terre, sous un Toit, dans un contrat de Travail, les trois T que le pape François nous interpelle à réaliser.

Les Brésiliens l’ont bien conscientisé Gaby !

 

S’ils ont écrit ton nom sur un de leurs quartiers, sur une ligne de leurs bus, à l’entrée d’un institut pour personnes en difficulté, c’est parce que tu étais là avec eux dans leurs luttes pour obtenir, un Toit, une Terre, un Travail avec les plus réprouvés de la Terre. En cercle de silence Gaby, continue de nous souffler l’Esprit qui t’a fait prophète !

 

Quand nous lirons ton nom écrit sur la place de ton village natal Port-Lesney ou dans les écrits que nous nous transmettrons, aide-nous à nommer et écrire au profond de nos vies les noms de tous « les chercheurs de refuge ».

Ainsi, il en sera un peu plus sur la terre comme il en est dans le ciel. Qu’est-ce que nous serons heureux de nous être coltinés à l’impossible.

 

Gaby, nous avons grand besoin que tu sois prophète en ton pays le Jura, comme tu l’es encore à Vitória, le pays de nos amis brésiliens.

C’est pour cela que j’ai rapporté un peu de terre du Brésil, cette poignée que je tiens dans mes mains, je l’ai ramassée sur la tombe de Docteur Ewerton, le premier avocat qui a travaillé pour faire connaitre la vérité sur ton assassinat. Cette terre a fait pousser des justes et des prophètes à Vitoria. En la déposant au pied de la stèle où est gravé ton nom et tout à l’heure sur ta tombe, cette terre rendra possible que ton prophétisme pousse dans ton pays, le Jura.

 

Lucien Converset

Sur la tombe de Maitre Ewerton. Lulu ramasse un peu de terre pour la déposer à Port-Lesney.
Sur la tombe de Maitre Ewerton. Lulu ramasse un peu de terre pour la déposer à Port-Lesney.

Sur la tombe de Maitre Ewerton. Lulu ramasse un peu de terre pour la déposer à Port-Lesney.

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  • : Les amis de Gabriel MAIRE
  • : L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.
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