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1 novembre 2023 3 01 /11 /novembre /2023 21:36

Cet article est reposté depuis Lulu en camp volant.

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30 juillet 2023 7 30 /07 /juillet /2023 16:54
Décès du Padre Alain de Montgermont, prêtre à Recife

Le père Alain DROUET de MONTGERMONT est né à Amange en 1931. Il a habité Audelange jusqu'en 1967. C’est le 13 avril de cette année-là qu’il arrive à Recife au Brésil au titre d'enseignant dans un collège pour enfants abandonnés avec l'association "Frères des hommes" (Frères maristes).

Lorsqu'il est arrivé et qu'il a découvert la réalité sociale de Recife et l'œuvre sociale de Dom Helder CAMARA, il s'est converti et a choisi de rester pour se consacrer pleinement à la cause des pauvres. À l'invitation de Dom Helder, il entreprend des études de théologie et devient prêtre. Il a été ordonné le 25 juin 1978. Toute sa vie, il a vécu dans une maison très simple au Centre communautaire de Cavaleiro, Jaboatão dos Guararapes.

Il revenait en France tous les quatre ans, et les trois mois qu'il y passait alors étaient consacrés à visiter ses proches et à célébrer des messes dans les églises du Doyenné.

Il n'était pas revenu en France depuis 2008 et il est décédé à Recife le 17 juillet 2023, où il est enterré.

Lors de la messe à Falletans, le dimanche 23 juillet, le Père Daniel LAGNIEN nous a parlé de sa rencontre (lors d’un déplacement au Brésil) avec Alain et nous a dit combien il avait été marqué par son immense dévouement et sa grande gentillesse au service des pauvres. 


Maurice et Madeleine

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23 décembre 2022 5 23 /12 /décembre /2022 10:56

Merci d'être en lien avec nous cet apm, et ce soir avec les brésiliens; de là où vous êtes.
Belles fêtes de Noël, dans l'espérance que les graines tombées en terre portent beaucoup de fruits.

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 09:24
A Vítoria au Brésil et à Port-Lesney en France

Merci à Luiz Quintanilla pour la création de cette affiche.

A Vítoria au Brésil et à Port-Lesney en France

Padre Gabriel, ta lutte n'a pas été vaine !

Tes amis de part et d'autre de l'océan sont unis 

pour faire mémoire de ta vie donnée,

et de celles des autres martyrs de la Caminhada.

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2 décembre 2022 5 02 /12 /décembre /2022 09:23

Le 23 décembre 2022,

nous nous joindrons à nos amis brésiliens qui font mémoire de la vie donnée de Gaby.

 

Padre Gabriel Presente !  

Ce n’est pas un vain mot !

Ceux qui ont marché sur les pas de Gaby à Vítoria au Brésil ont vu que Gabriel est bien présent au milieu d’eux, dans les communautés chrétiennes, dans la vie quotidienne, dans la vie sociale et politique, dans les réflexions, dans les luttes. Et quand quelqu’un est si important dans nos vies, il est normal de nous rassembler pour faire mémoire ensemble.

Avec l’Association Padre Gabriel pour la Défense de la Vie,

avec le groupe Ecos de Gaby,

sur les lieux où Gaby a versé son sang,

nos amis brésiliens se rassembleront.

Ils feront mémoire de Gaby et de tous ceux qui comme lui ont donné leur vie.

Ils chanteront des mots qu’ils portent dans leur cœur, ils danseront, et feront danser la lumière, ils apporteront des symboles de vie.

 

Et nous à Port-Lesney, à 15h,

 

nous nous rassemblerons

 

sur la place Gabriel Maire puis dans l’église

 

où Gaby a été baptisé et a grandi dans la foi, et nous écouterons des témoignages...

 

Celui de Jean-Charles Kibangu, prêtre du doyenné de Salins-les-Bains, qui a été très touché par ce qu’il a vu et entendu lors de sa visite à Vítoria en mai dernier.

Ceux de Carlita et Dárcio qui sont venus témoigner dans le Jura en octobre.

 

 

 

Venez ! vous aussi !

Pour faire mémoire de ce prêtre, missionnaire français, prophète brésilien, assassiné au Brésil le 23 décembre 1989, et envoyer un signe de soutien à nos amis brésiliens.

 

Chacun pourra aller se recueillir sur sa tombe au cimetière de Port-Lesney, avant ou après cette rencontre.

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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 13:31

Portons un toast à la Victoire de la démocratie !


Et avec elle, Tortuta Nunca Mais !


Justice pour Marielle et Anderson, pour Bruno Pereira et son ami britannique lâchement tués comme Sœur Dorothy et Chico Mendes et tant d'autres martyrs qui se sont sacrifiés pour nos forêts ces dernières années.


Pour le Père Gabriel Maire - un prêtre français en mission dans un diocèse de l'ES qui a été tué pour avoir défendu les pauvres et pour tous les prêtres et missionnaires agressés alors qu'ils tentaient de défendre les plus démunis.


Pour les vies noires comme celle du jeune Congolais Moïse Kabagambe, pour João Alberto, Evaldo Rosa et d'autres victimes de l'intolérance et des préjugés raciaux.


Pour Edson Luís, étudiant de Para mort en 1968 lors d'une manifestation étudiante à Rio de Janeiro, pour les prix abusifs du restaurant scolaire, pour les près de 2 000 personnes torturées entre 64 et 85, et pour les 434 personnes mortes et disparues pendant la période dictatoriale.


Pour la mémoire de mes ancêtres, les esclaves qui ont versé leur sang sur les troncs et qui ont tant aidé à construire notre pays. 


Puissions-nous faire plus pour la science, pour l'éducation, des questions importantes et essentielles pour l'amélioration d'une population.


Pour plus des femmes en politique et qu'elles soient respectées dans tout le Brésil.


Que de nouveaux temps viennent. Des temps d'espoir et d'amélioration pour tous !


Eliane Silva
03 novembre 2022

 

Fresque réalisée par Lui Quintanilla...

Fresque réalisée par Lui Quintanilla...

Brindemos a vitória da Democracia!

E, com ela, Tortura Nunca Mais ! (Torture, plus jamais !)

Justiça por Marielle e Anderson , por Bruno Pereira e seu amigo britânico mortos covardemente como irmã Dorothy e Chico Mendes e mais tantos outros mártires que se sacrificaram pelas nossas florestas nesses últimos anos.

Pelo Padre Gabriel Maire – um padre francês em missão numa diocése no ES que foi morto por defender os pobres e por todos os sacerdotes e missionários agredidos, enquanto tentavam defender os mais necessitados.

Pelas Vidas Negras como a do jovem congolês Moïse Kabagambe, por João Alberto, Evaldo Rosa e outras vítimas da intolerância e do preconceito racial.

Por Edson Luís, estudante paraense morto em 68 durante uma manifestação estudantil no RJ, pelos preços abusivos do restaurante escolar e ainda pelas quase 2 mil pessoas torturadas entre 64 e 85 e pelos 434 mortos e desaparecidos no período ditatorial.

Pela Memória dos meus ancestrais, os escravizados que derramaram seus sangues nos troncos e quem tanto ajudaram a construir o nosso país.

Que possamos fazer mais pela Ciência, pela Educação, assuntos importantes e essenciais para melhoria de uma população.

Que tenhamos mais Mulheres na Política e que sejam respeitadas no Brasil inteiro.

Que venham novos tempos. Tempos de esperança e melhoria para todos!

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21 octobre 2022 5 21 /10 /octobre /2022 08:02

Pour écouter les interviews sur RCF suivez les liens ci-dessous :

Pour connaître le sens du mois missionnaire, lisez le message du pape François ci-dessous.

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 12:29
Carlita et Dárcio à l'aéroport de Vítoria

Bon voyage les amis ! Tellement heureux de vous accueillir à Lyon puis dans le Jura.

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 06:21
Assemblée générale des amis de Gabriel Maire le 22 octobre 2022

Plus d'infos prochainement

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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 15:38
Lettre ouverte contre la réélection de Bolsonaro

6 septembre 2022 – 450 prêtres catholiques prennent position contre la réélection de Bolsonaro « qui fomente la haine dans la population ».

 

« Un vrai disciple de Jésus ne peut pas réélire un homme qui, par ses paroles et ses actes, s’avère être le contraire de tout ce que Jésus est et proclame ». Telle est la conclusion de la lettre signée par le groupe Padres da Caminhada et Padres Contra o Fascismo (Prêtres en chemin et Prêtres contre le fascisme), composé de 450 religieux catholiques (prêtres et évêques), de différents diocèses brésiliens.

 

Ils mettent en garde contre la réélection de l’actuel président de la République. La diffusion de cette lettre a commencé ce week-end par des prêtres de divers diocèses, instituts de vie consacrée, ordres et congrégations religieuses dans tout le Brésil. Ce groupe a été formé en 2018 lorsque, précisent-ils, ils ont commencé de voir les menaces sur la démocratie dans le pays.

 

Dans le document, les religieux listent dix points à prendre en compte car ils sont « clairement » opposés à la réélection du président Jair Bolsonaro en octobre prochain.

 

L’utilisation en vain du nom de Dieu
Le premier point dénonce l’utilisation du nom de Dieu pour manipuler le peuple brésilien. Pour ces prêtres, son discours « n’est qu’une stratégie de contrôle des consciences » et Bolsonaro agit de manière totalement « opposée à l’Évangile de Jésus ».

 

Le discours de haine n’est pas un discours chrétien
Ensuite, ils soulignent que Bolsonaro fomente la haine dans la population, tient un discours violent, encourage le port d’armes et montre « du mépris pour les pauvres, pour les femmes, les communautés traditionnelles indigènes ou quilombolas, les sans-abri, la communauté LGBTQIA+, les migrants » entre autres groupes de la société.

 

Les fakes News, l’autre nom du mensonge
Cela est manifeste dans l’utilisation de fausses nouvelles, la mauvaise gestion des soins durant la pandémie, le retour du pays sur la carte de la faim, le démantèlement des politiques de défense de l’environnement et ce qu’ils appellent des « signes clairs d’autoritarisme et de fascisme ».

 

Les prêtres dénoncent la corruption et l’hypocrisie
Les Prêtres en chemin et contre le fascisme rappellent encore que Bolsonaro a été élu avec un discours anti-corruption, mais montre des signes clairs qu’il « vit terré et camoufle tous les scandales de corruption qui l’impliquent lui et sa famille ».

À suivre le texte intégral de la Lettre ouverte sur le site du DIAL

 

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7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 20:51

Nous avons la tristesse de vous annoncer le décès de Michel VOIRET.

 

Il a été trésorier puis trésorier adjoint de l'association des amis de Gabriel MAIRE de 1997 à 2007, puis président de 2010 à 2013.

 

Il a été aumonier fédéral de la JOC du Jura, dans les années 1970, à la suite de Gil ROUX.

 

Il a ensuite fondé un foyer avec Régine. Tous deux ont participé au 10ème anniversaire de l'assassinat de Gaby à Vitoria au Brésil en août 1999. 

 

Après le décès de Régine, qui fut elle aussi trésorière et trésorière adjointe, il est retourné au Brésil en décembre 2009 pour le 20ème anniversaire. 

 

Ses obsèques seront célébrées ce lundi 8 août à 13h30 au Crématorium d'Avanne-Aveney, 16, Rue des Cerisiers.

 

Merci Michel pour ton investissement au service de l'association "les amis de Gabriel Maire".

 

Avec toute notre tendresse pour leurs enfants et petits enfants ! A Dieu Michel !

Régine et Michel au Brésil en 1999

Régine et Michel au Brésil en 1999

Michel Voiret et Maryse Marchand Brésil 2009
Michel Voiret et Maryse Marchand Brésil 2009

Michel Voiret et Maryse Marchand Brésil 2009

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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 17:38

Padre Gabriel Presente !

86ème  anniversaire de la naissance de Gaby.

Padre/ Profeta Gabriel  Maire (francês), trabalhou no Brasil  durante  09 anos. Em nome da Defesa de Causas da Vida teve seu sangue  derramado em 23 de dezembro de 1989/ assassinado no Estado do Espírito Santo: luta operária, luta das mulheres,  população negra, juventude, ...Padre Gabriel  Maire - Mártir da Justiça.  


"Profeta Gabriel 
Sua Luta Não foi em Vão 
Seu Sangue é  Semente de Vida
e Virá o Dia da Libertação" 
(Helder Salomão)

 

Père / Prophète Gabriel Maire (français), a travaillé au Brésil pendant 9 ans. Au nom de la défense de la vie son sang a coulé le 23 décembre 1989, assassiné dans l'état de l'Espírito Santo : lutte des ouvriers, lutte des femmes, population noire, jeunesse,... Père Gabriel Maire - Martyr de la justice.


"Prophète Gabriel
Ta lutte n'a pas été vaine
Ton sang est semence de vie
vienne le jour de la libération"

(Helder Salomão)

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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 21:31

Un article du numéro de DIAL N° 2605 publie des extraits de la postface qua Xavier Plassat a rédigée pour le rapport 2021 de l’ACAT-France, Un monde tortionnaire

 

Xavier Plassat est coordinateur de la campagne de la Commission pastorale de la terre (CPT) contre le travail esclave.

 

J’écris ces lignes depuis le nord du Brésil. […] Membre des Forces armées sous la dictature, Bolsonaro a, pendant ses trente années de mandat de député fédéral, constamment défendu ce régime d’exception, affirmant que sa seule erreur avait « été de torturer les gens au lieu de les tuer ». 20000 personnes ont été torturées et au moins 434 en sont mortes ou ont été portées disparues. Bolsonaro a élevé au rang de héros l’une des figures les plus épouvantables de l’appareil de répression, le colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra.

 

Cette portion tragique de l’histoire du Brésil est entrée dans la mienne quand, un jour de 1972, nous avons accueilli dans notre communauté dominicaine de l’Arbresle le jeune frère Tito de Alencar Lima, banni de son Brésil natal début 1971, après avoir été échangé, ainsi que 70 autres prisonniers politiques, contre l’ambassadeur de Suisse au Brésil, alors séquestré par un mouvement de résistance.

 

Il avait 27 ans et moi 23. Naquit entre nous, frères par la grâce de saint Dominique, une relation faite de complicité et d’amitié, de sourires et de colère, de lutte et de foi, face à Sérgio Fleury : son tortionnaire, le redouté commissaire du Département d’ordre politique et social de São Paulo et l’un des principaux tortionnaires de l’époque.

 

Au-dedans de Tito, Fleury continuait son œuvre destructrice, déchirant son âme en un mouvement sans fin allant de désistance en résistance puis de résistance en soumission. La résistance, c’était lorsque Tito formait des projets, jouait de la guitare, serrait l’ami dans ses bras, jouait avec un enfant, priait, souriait. La soumission, c’était quand il obéissait au doigt et à l’œil aux intimations ahurissantes de celui qui, dans les geôles de São Paulo, se faisait appeler « le pape » et dont la voix continuait à tourmenter son esprit, encore et encore, fuyant là où il lui ordonnait d’aller, sombrant dans des pleurs impénétrables ou s’enfouissant en un mutisme désespéré.

 

« Ils voulaient me laisser accroché au perchoir toute la nuit »
Je m’en souviens comme si c’était hier : le 11 septembre 1973. Les radios annonçaient le coup d’État de Pinochet. Ce jour-là, j’ai trouvé Tito prostré et gémissant au pied d’un arbre, sur le stationnement de La Corbusière, notre couvent. Dès l’aube, il s’était installé là, assis à même le sol. Personne ne comprenait ses gémissements effrayants. Je me suis alors assis à ses côtés et suis resté avec lui pendant des heures et des heures, essayant en vain de lui proposer un peu d’abri, aux approches de la nuit, quand il se mit à pleuvoir. Au petit matin, j’ai dû vaincre ma propre incrédulité lorsque je compris que les tremblements de Tito et ses gémissements étaient causés par Fleury en personne. Tito lui implorait grâce pour les siens. Oui Fleury était là, présent à nos côtés, vociférant dans un haut-parleur (imaginaire) situé de l’autre côté de la petite vallée qui nous séparait du village de Saint-Pierre- la-Palud, que Tito me disait être Saint-Pierre « la Police ». L’un après l’autre, Fleury torturait ses frères et sœurs et, à l’adresse de Tito, vociférait invectives et menaces : « Communiste ! Traître ! Terroriste ! L’Église te rejette et t’interdit de fouler le sol sacré de ce couvent. Tu n’as aucune chance de m’échapper » Tant qu’il ne se rendrait pas, toute sa famille continuerait à passer « à la casserole » : ses dix frères, son père, puis sa mère. Et lui Tito, le cadet, écoutait leurs cris, accablé sous une chape de honte et de culpabilité. Je me décidai alors, moi aussi, à affronter Fleury. Je commençai, sur-le-champ, une improbable négociation avec ce monstre, pour que, à tout le moins, il autorise mon ami à prendre un peu de café chaud… Jusqu’à ce que vienne l’aurore.

 

À partir de ce jour, Tito oscillerait entre se rendre et résister, entre obéir aveuglément aux injonctions qui l’habitaient et tenter de leur opposer un fragile non, comme coincé entre les murs de ce nouveau « corridor polonais » : mourir tout en étant condamné à survivre, vivre tout en éprouvant une mort qui ne cesse jamais.

 

Dans la biographie récente de Tito, écrite par Leneide Duarte-Plon et Clarisse Meireles, Vladimir Safatle cite cette phrase de Tito : « Ils voulaient me laisser accroché au perchoir du perroquet toute la nuit. Mais le capitaine Albernaz objecta : “Ce n’est pas la peine, on va le garder ici quelques jours de plus. S’il ne parle pas, il sera brisé de l’intérieur. Nous savons faire les choses sans laisser de traces visibles. Si tu survis, tu n’oublieras plus jamais le prix de ton audace.” » Tout indique que cette folle prémonition est devenue réalité. Oui, la folle promesse fut tenue. En dépit de toutes nos tentatives, Tito n’oublierait jamais plus le prix de son audace.

 

Ensemble, nous avons essayé de tisser de nouveau la trame d’une vie possible. Ensemble, nous avons voyagé, chanté, pleuré, maudit et défié Fleury. Nous avons partagé du meilleur et du pire. Enjambé le sol qui vient et fui le sol qui s’effrite. Jusqu’au jour – en août 1974, la veille de la fête de saint Dominique – où Tito décida de se débarrasser du bourreau et de la folie qu’il s’appliquait à lui insuffler. Dans un dernier mystère de résistance et de foi, Tito a renversé la prétention de Fleury à pouvoir continuer à lui voler sa vie. « Il vaut mieux mourir que perdre la vie. Option 1 : corde (suicide). Option 2 : torture prolongée. » Tels sont les derniers mots par lui griffonnés. Je compris ainsi : « Ma vie, nul ne la prend, elle est à moi. C’est moi qui la donne. »

 

Neuf ans plus tard, j’eus le privilège d’accompagner au Brésil le retour du corps de Tito. Dans la cathédrale de São Paulo, bondée, mais encerclée de blindés, et dans les campements de sans-terre où ensuite je me suis rendu, partout, j’ai écouté ces mots si justes : « Donner sa vie pour ses frères : il n’y a pas plus grande preuve d’amour… Si les disciples se taisent, alors les pierres crieront ! »

 

Pratique de la torture et esclavage : une même normalisation
Après cette visite, j’ai résolu de me fixer ici au moins pour un temps et de tenter de vivre avec le peuple de Tito un peu de l’espérance et des rêves qui l’avaient animé. Et voici que j’y suis toujours, avec déjà une trentaine d’années de militance au sein de la Commission pastorale de la terre (CPT).

 

Avec la campagne de la CPT contre l’esclavage moderne à laquelle je me suis alors intégré, je me suis trouvé confronté aux formes brutales d’exploitation de milliers de travailleurs agricoles. Sont devenues concrètes pour moi ces mêmes questions que je rencontre chez les militants de l’ACAT : pourquoi une telle barbarie continue, voire renaît à nouveaux frais ? Comment peut-elle rencontrer l’acquiescement tranquille de larges secteurs de la population ? Qu’est-ce qui se joue dans ce combat sans fin ? Un chrétien peut-il dormir en paix au milieu d’un tel champ de ruines ? Nous sommes devant cette question primordiale, au cœur de notre foi au Dieu de Jésus-Christ : « Où est ton frère ? Qu’as-tu fait de lui ? » En vérité : l’unique question qui vaille.

 

Ma conviction est que, entre la pratique de la torture et celle de l’esclavage, il y a plus d’un point commun. Ces deux systèmes se développent dans une ambiance de naturalisation, voire de normalité, qui assure leur invisibilité, autorise la tolérance, nourrit la complicité de bon aloi. Dans l’un et l’autre cas, il se produit une rupture de ce qui nous lie à l’autre, rupture proprement diabolique puisque, dans l’autre, je ne distingue plus ou je récuse cette même commune filiation qui me rend capable de proclamer, à la suite du récit biblique de la Genèse : chair de ma chair, os de mes os ! Dans l’une et l’autre situations, l’autre n’est plus qu’une chose. L’autre est réifié.

[…]

Une histoire tellement récurrente… Le 21 décembre 1511, dans l’île de La Española, le dominicain Antônio de Montesinos prononça un mémorable sermon devant une assemblée de fermiers, encomenderos de sa Majesté très catholique. « Je suis, dit-il, la voix du Christ qui crie dans le désert de cette île. Vous êtes tous en état de péché mortel, à cause des crimes que vous commettez contre les Indiens. Quel droit avez-vous de conquérir ce pays, de réduire ses habitants en esclavage, d’opprimer son peuple ? Ces gens ne sont-ils pas des êtres humains à qui vous devez le respect de leurs droits et que vous devez aimer, vous, chrétiens ? De quel droit et par quelle justice tenez-vous les Indiens dans une servitude si cruelle et si horrible ? » Dans la foulée, les frères se mirent en « grève de messe ». Sans tarder, ils furent expulsés. Parmi les auditeurs, un jeune clerc nommé Bartholomé de Las Casas finit par se convaincre de libérer ses propres esclaves et rompre avec le système de l’esclavage. Pendant plus de cinquante ans il dénoncera, comme proprement « diabolique », la pratique de cette idolâtrie du profit, de l’argent (l’or !) et de la propriété.

 

La leçon venait de loin : dès les premiers livres de la Bible, le Dieu des Hébreux est reconnu comme celui qui entend les clameurs de son peuple réduit en esclavage, et soutient sa marche de libération vers la Terre promise. Parmi les figures de cette épopée mythique, il y a Joseph d’Égypte, icône de la (moderne) traite des êtres humains.

 

Lors d’une autre homélie fameuse, prononcée sur une place de Buenos Aires, il est arrivé au futur pape François, indigné, de s’exprimer ainsi : « Joseph d’Égypte, on peut le trouver dans cette ville : ici même l’esclavage n’a pas été aboli. Dans cette ville, il y a des gens qui font leur profit et se goinfrent de la chair de leurs frères, victimes du travail forcé ou de la traite de femmes en situation de prostitution. »

 

Pas moins forte ne fut, en 1971, l’indignation de l’évêque Pedro Casaldáliga quand, nouvellement arrivé à São Félix d’Araguaia, Mato Grosso, il écrivit sa première lettre pastorale. Il y décrit l’exploitation des ouvriers agricoles dans les grands projets de « développement » : « Attirés par de belles promesses, les peões sont transportés par avion, bateau ou camions à bestiaux jusqu’aux lieux d’abattage de la forêt. On les avise alors qu’ils devront payer le voyage. Il leur faut acheter au fermier denrées alimentaires et outils de travail, à des prix très élevés. Pour eux, pas de logement. Ils sont conduits en pleine forêt pour y abattre les arbres. À eux de construire comme ils pourront un abri de fortune. Pour l’alimentation, ils devront se débrouiller. Les conditions de travail sont les plus précaires possible. Malades et impuissants, beaucoup d’entre eux redoutent de mourir. [Certains] fuient, simplement pour survivre. Ou pour échapper à une dette qui ne fait que croître. Le peão perd toute personnalité. Les gros fermiers le tiennent pour une race inférieure qui aurait pour seul devoir de les servir, eux, les pionniers. »

 

« Où donc est ton frère, qu’as-tu fait de lui ? »

Le cri prophétique de dom Pedro a été à l’origine de la création, en 1975, de la Commission pastorale de la terre, en Amazonie. La CPT s’étendit ensuite à l’ensemble du Brésil, en particulier dans les zones de conflit pour la terre, se faisant présence solidaire auprès des communautés de paysans expulsés par l’avancée d’accapareurs de terres. Comme agent de base de la CPT, à partir de 1989, dans la région du Bec du Perroquet, au nord du Brésil, j’ai participé en direct à la découverte de ce nouveau continent appelé « travail esclave moderne ». J’ai vécu les différentes phases qui, à partir du négationnisme officiellement affiché jusqu’en 1994, ont, sous forte pression, conduit le Brésil à devenir une référence mondiale dans la lutte contre ce fléau, puis, au cours des dernières années, après un impeachment aux allures de golpe, à se rapprocher de nouveau dangereusement de son ancien et diabolique aveuglement.

 

Comme le souligne la commission Théologie de l’ACAT-France, « c’est Dieu qui ne supporte ni la torture, ni les pratiques dégradantes et inhumaines, ni toutes les façons que nous avons de nous écraser les uns les autres. C’est en son nom que doit s’élever notre protestation, pour que ceux qui ont soif de dignité humaine trouvent près de nous une source vive ».

 

Sans cesse, il nous faut nous réveiller de l’accommodation qui nous laisse tolérer des systèmes qui torturent et qui tuent, avec leurs responsables qui ne s’émeuvent ni des crimes de masse quotidiens de milliers de personnes ni de la famine de leur peuple, ou de la terre, du travail et du toit qui leur sont niés, ou de la balle perdue qui les tue.

 

Face aux idolâtres qui, à leurs divinités de circonstance, continuent à sacrifier la dignité et la vie de l’autre, ne cesse de résonner l’antique question posée à Caïn : « Où donc est ton frère, qu’as-tu fait de lui ? » Elle engendre, ici et maintenant, cette autre question : « Qui, victime ou en danger mortel, a besoin que je me fasse son prochain ? » Il y a en ce moment des femmes et des hommes en danger mortel, victimes de torture et, dans une logique identique, victimes des traitements cruels, inhumains ou dégradants qui leur sont infligés sans ménagement. La question nous est alors posée : « Qui va se faire le prochain de ces personnes pour les aider, au nom de leur dignité humaine bafouée ? »

 

Qu’au travers de la figure tragique du jeune Tito de Alencar, torturé entre les torturés de ce monde, l’exemple de tous ceux dont la vie est un combat au service du droit, de la justice et de la vie, et toutes les victimes gratuites d’une barbarie diabolique nous animent sans cesse, et toujours, à donner corps au rêve de Jésus, lui qui fut aussi un prophète torturé et assassiné par un système idolâtre, dans une Palestine occupée.

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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 13:45
Jean est le célébrant qui porte l'étole des martyrs brodée par sœur Josefina du Brésil. (Damparis déc 2013)

Jean est le célébrant qui porte l'étole des martyrs brodée par sœur Josefina du Brésil. (Damparis déc 2013)

Nous apprenons par le site diocésain le décès de Jean Tribut, cousin de Gaby, frère de Joseph Tribut, 1er président de l'association "les amis de Gabriel Maire". Il est décédé le 17 février à l'âge de 98 ans dont 73 années de ministère. Il a été très proche de l'association pendant de longues années. 

 

Voici son portrait sur le site du diocèse

 

Le P. Jean TRIBUT est né à Chapois le 8 juillet 1923. C’est en 1949, au Carmel de Lons-le-Saunier, qu’il est ordonné prêtre. Passionné par les études, de lettres en particulier, Mgr Flusin le nomme dès son ordination presbytérale professeur au Petit Séminaire de Vaux-sur-Poligny. Pour parfaire sa formation théologique – la théologie sera la grande affaire de la vie du P. Tribut -, il est envoyé à Rome, à la Grégorienne. En 1961, il est nommé supérieur du Lycée Mont-Roland. Il conserve cette mission jusqu’en 1978, date à laquelle Mgr Gilbert Duchêne le nomme coordinateur diocésain de la formation permanente. Outre cette fonction, il est nommé, un an plus tard, à l’équipe du sanctuaire de Mont-Roland. En 1984, est adjointe à ces deux responsabilités celle d’aumônier diocésain de Pax Christi. En 1992, il est nommé chapelain du sanctuaire Notre-Dame de Mont-Roland, jusqu’en 1998, date à laquelle il se retire, pour la retraite, à Chapois. Il n’est pas téméraire de penser que, alors qu’il achevait son parcours terrestre, le P. Tribut a eu la joie d’apprendre que saint Irénée – un des premiers évêques de Lyon (seconde moitié du IIème siècle), un des pères de la théologie, dont les œuvres avaient été étudiées de près le P. Tribut - avait reçu le titre de docteur de l’Eglise.

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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 09:59

Ce message pour vous informer de la sortie de 2 livres.

 

Se taire serait lâche


« Alice Domon et Léonie Duquet sont nées dans une zone rurale de la Franche-Comté.
Un long chemin les a menées à ce vol de la mort.
Un autre long parcours a permis de leur rendre justice.
Dans les deux cas, un même principe a prévalu : se taire serait lâche. »

Ed Panthéon

Alice Domon, Léonie Duquet, Gabriel Maire, des vies qui n'ont pas été vaines...

Addicte à l'espoir

 

Rachel écrit : "Moi qui n’avais que trois ans lorsque Gaby a été assassiné, comment sa vie a-t-elle bien pu m’influencer ?" Elle partage dans ce livre les témoignages de "jardiniers de la paix" c’est à dire ceux qui travaillent concrètement à la résolution des conflits et à la recherche du pardon. Elle a rencontrés lors d'un tour du monde qui s'est terminé au Brésil en décembre 2019, date du 30ème anniversaire de l'assassinat de Gaby. 

Ce livre sera disponible dans les librairies le 10 février de cette année. Rachel le présentera à l'abbaye d'Acey du vendredi 11 février à midi, au dimanche 13 février en fin d'apm.

Plus d'informations sur son blog.  Clic ici

Alice Domon, Léonie Duquet, Gabriel Maire, des vies qui n'ont pas été vaines...
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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 09:18

En Amazonie brésilienne depuis 1989, ce frère dominicain français coordonne la campagne de la Commission pastorale de la terre (CPT) contre le travail esclave.

 

Ci-dessous deux articles, le premier est le portrait que le journal La Croix a fait de lui en 2018, et la lettre qu'il écrit aux amis et amies par l'intermédiaire du DIAL.

 

Bonne lecture.

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 12:59

Bonjour,

Voici ci-dessous un message de Rachel. En 2018-2019, elle a été à la rencontre de jardiniers de la paix sur des routes du monde pour terminer son voyage au Brésil où elle a participé aux commémorations du 30ème anniversaire de l'assassinat de Gaby, 

De retour en France, elle a rassemblé de nombreux témoignages qu'elle partage dans un livre qui est édité aux Editions Salvator, et qui sera disponible le 10 février dans les librairies. Elle organise diverse rencontres pour en parler. 

Faites lui bon accueil. Merci

 

PS : Pour répondre à son message, vous pouvez écrire ci-dessous dans les commentaires qui sont modérés. Nous ne publions que ceux qui sont d'ordre public.

Bonjour à toutes et à tous.  

 

En juillet 2018, je partais faire un tour du monde de plus d’un an à la rencontre de ceux que j’appelle « les jardiniers de la paix ». J’ai traversé une quinzaine de pays afin de rencontrer des personnes qui ont agi pour créer des ponts au sein des conflits, ou qui ont œuvré sur le chemin du pardon et de la réconciliation. Personnes civiles, fondateurs d’associations, responsables religieux ou politiques, anonymes et personnalités. Au fil des mois, tant d’hommes et de femmes m’ont donné leurs témoignages, puissants et bouleversants.  

De retour de ce voyage, il était important pour moi de transmettre ce que j’avais reçu.  

 

Le 10 février 2022, c’est avec beaucoup d’émotion qu’un livre, retraçant ce grand voyage sortira.  

Afin de célébrer la concrétisation de ce projet et d’honorer tous ces témoins de la non-violence, je vous invite à me rejoindre les 11-12 et 13 février prochain, à l’Abbaye d’Acey.  

Je vous proposerai des moments de lecture du livre, des temps de réflexion sur les sujets qui ont habité ce tour du monde (résolutions de conflit, pardon, réconciliation, résilience individuelle et collective) et bien sûr aussi, des temps de balades et de convivialité.  

Je serais heureuse et émue de vous accueillir, vous qui m’avez accompagnée de près ou de loin dans cette grande aventure humaine, ou vous que je ne connais pas encore.  

 

Il vous est possible de venir de manière ponctuelle au cours de ce week-end ou de participer à sa totalité. Les moines laissent à notre disposition la maison d’accueil (espaces communs, cuisine, douches, dortoirs, …) Une quarantaine de places sont disponibles pour dormir. Les personnes qui souhaitent davantage d’intimité peuvent réserver une chambre à l’hôtellerie.  

Ce temps se déroulera dans le respect des gestes barrières, mais je l’espère aussi dans la joie de l’ouverture du cœur.  

Merci à vous de me signaler votre présence avant le 3 février (notamment pour organiser les dortoirs).  

 

Pour ceux qui ne pourraient être présents mais qui sont intéressés de découvrir et de m’aider à faire découvrir ce livre, n’hésitez pas à me contacter, et à me partager vos idées (librairies, conférences, présentation auprès de jeunes, d’associations ou auprès de publics pouvant être sensibles à ces questions.)  

 

Dans la joie de vous rencontrer bientôt et de prendre soin de nos liens et de nos amitiés.  

À bientôt,  

Rachel  

 

PS : le programme du WE à Acey sera envoyé à toute personne qui le demande en commentaire où à l'adresse mail de l'association qui transmettra

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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 22:41

João Pessoa, le 13 décembre 2021

 
Bonjour mes chers amis et amies

 

Que d´événements vivons-nous depuis l’arrivée de ce vírus covid 19! Seulement au  Brésil, 116.000 morts. Heureusement, grâce aux vaccins, les décès ont beaucoup diminués, malgré les imbéciles qui le refusent, comme notre Président! J’ai reçu ma troisième dose.

 

Pour en rester au registre de la santé, le virus Chikungunya qui m’a persécuté pendant plusieurs mois, me laisse tranquille! Mais malheureusement, ce n’est pas le cas pour ceux qui ont été piqué par ce vilain moustique.


Les murs de ma maison sont couverts de beaux dessins qui nous invitent à vivre Noël dans la joie et l’espérance.. J’admire les enfants qui s’efforcent de  colorier les beautés de la vie!


Nous ne savons pas encore quelles seront les décisions de justice pour les 500 familles qui habitent dans ma rue et qui devraient être démolies. Nous recevons de nombreux appuis ce qui nous laisse beaucoup d’espoir!


Je sens qu’il me faut diminuer mon rythme, vu mon âge: 85 ans en juin!


 Je viens de vivre Noël avec quelques jours d’avance. Ce matin, ma voisine vient me dire: “Peux-tu amener ma sœur à la maternité, car cette nuit, elle a beaucoup souffert.” C’est souvent que j’amène les uns ou les autres à l'hôpital ou à la maternité. J'approche la voiture devant sa maison... Mais j’entends un cri: “Le bébé est en train de naître!” De fait, quand j’arrive à la maison, un magnifique petit garçon pousse des cris, emberlificoté par le cordon ombilical. Je téléphone au SAMU pour leur demander ce que nous devions faire. Ils me répondent de ne pas couper le cordon ombilical. Quelques minutes plus tard arrive une ambulance avec médecin et infirmier. Le bébé se met à téter et la maman et sa fille sont embarquées vers une maternité. Quel beau Noël!

 

Mais, il y avait plus de monde qu’à Bethléem. J’ai compté 13 personnes entre adultes et enfants dans la petite pièce!!!


A vous tous , je souhaite un beau Noël, de paix, de joie et d’espérance.

Antoine Guérin
 
 

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 21:54
Le rêve de Gaby

Nous n'étions pas nombreux à Port-Lesney cet après-midi, pour faire mémoire de la vie donnée de Gabriel. Mais nous portions tous ceux qui ne pouvaient pas venir, et nous avons mis tout notre cœur pour être en lien avec nos amis brésiliens qui vont célébrer l'Eucharistie avec l'APGM, ou vivre un moment sur la place de Cobi de Cima. 

 

Au cimetière, c'est le texte de Claudio qui a aidé notre méditation. 

Nous avons fait une petit marche, notre caminhada ! Et nous avons poursuivi ce temps de mémoire, dans l'église, en passant devant la stèle placée sur la place Gabriel Maire. 

En septembre 1988, les Cercles bibliques ont invité le peuple à écrire ses propres psaumes. A PORTO de SANTANA et à FLEXAL, beaucoup de membres des Communautés Ecclésiales de Base ont écrit ou dicté les mots qu'ils avaient sur le cœur. Gaby a écrit le sien, il a été transcrit sur une banderole que l'on retrouve dans toutes les célébrations de mémoire des martyrs de la caminhada. C'est ce psaume de Gaby qui a été lu par Jean-Marie. 
 

Le rêve de Gaby

Oscarina n'a pas connu Gaby de son vivant. C'est par le témoignage reçu de ses amis qu'il est devenu son ami. Elle écrit de nombreux poèmes pour parler de lui. Elle a écrit celui-ci spécialement pour ce 32ème anniversaire de l'assassinat de Gaby. 

C’est au séminaire où il enseigne que Gaby raconte son dialogue avec Dieu : 

Dieu s'assit à côté de moi, et resta immobile.  
Il attendait que je lui pose la question que tout le monde se posait, 
Mais j'étais révolté, plein de doutes, 
C'était sur leurs visages que je voyais la faim des jeunes. Ils avaient faim de pain, d'amour, de justice, c'est sur le visage de ces jeunes que j'avais connu la faim de pain, d'amour et de justice. 
Non, nous n'étions pas tous égaux, 
mais les professeurs nous apprenaient à aimer Dieu de la même manière.
Alors je l'ai regardé, et avec ma timidité dissimulée mais audacieuse je lui ai demandé : 
- Qui es-tu pour permettre des inégalités entre ceux qui te louent ? 
- Qui es-tu, toi qui abandonnent ceux qui croient en toi ? 


La réponse n'est pas venue. Alors, courageusement, j'ai continué à parler : 
- Dieu, un jour j’étais encore tout petit, je t'ai dessiné dans mon cœur. Tu étais plein de lumière, tu étais sensé et serein. Ce jour-là j'ai promis de te suivre, C'est pour cela que je suis ici. Dis quelque chose si tu veux que je continue à croire et à te suivre. 


La réponse fut aussi tranchante que le fil d'un rasoir coupant l'être incrédule que je voulais devenir. Elle est venue de manière ferme, douce et définitive :
- Comment veux-tu servir la lumière sans connaître les ténèbres ? - Il te reste encore beaucoup à voir. Tu verras l'avidité et la cruauté des hommes, tu sentiras le froid de la mort des frères abandonnés à leur propre sort. Tu toucheras la terre souillée du sang  des luttes avec un pouvoir injuste et tu parcourras des terres lointaines. Cela te rendra fort et intrépide, et tu m'honoreras de ta foi et de toncourage. 


Après avoir dit tout cela il s’est levé. Mais j'ai encore pris la parole : - Je n'ai pas choisi ça ! 
Il a répondu : 
- C’est certain, tu n'as pas choisi de vivre ça, c’est moi qui t’ai choisi. Maintenant, va, avec ta ténacité le long des chemins que la vie t'offrira. Distingue jusqu’où tes yeux et ta voix peuvent atteindre le peuple pour l’aider. Et après tout cela, comprends que la mort n'est pas la fin du combat, mais le début d'une grande bataille. Et souviens-toi : aucune graine ne germe sans tomber, et le jour où tu seras semence, tes enseignements germeront, et tout le peuple d’une même voix répétera tes paroles :
« J’aime mieux mourir pour la vie que vivre pour la mort. »

Le rêve de Gaby

Nous avons terminé avec le dévoilement d'un poster représentant une crèche vivante. Il y a 2 ans, nous avons vécu la veillée de Noël dans la famille Lopes, et ce sont les jeunes et les enfants qui ont interprété cette scène. 

Puis nous avons écouté les paroles de ce chant du jeudi saint, tirés de l'Evangile de Luc : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » . Gaby avait proposé de la chanter à la fin du mariage qu'il venait de célébrer. Chant prémonitoire, ce n'était pourtant pas un chant à chanter au moment de ces derniers jours de l'Avent. C'est ce soir-là qu'il a été assassiné. 

 

Ci-dessous la célébration à Cobi de Cima :

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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 23:27

C'est le thème de la célébration commémorative qui aura lieu à Cobi de Cima, organisée par le groupe "Ecos de Gaby"

 

Un article signé Elaine DAL GOBBO paru le 20 décembre sur Seculo diáro

 

Le 23 décembre 1989 a été marqué par l'assassinat d'un grand leader populaire d'Espírito Santo : le prêtre français Gabriel Maire, ou Gaby, comme on l'appelait aussi. Depuis lors, chaque veille de Noël, sa mémoire est célébrée à Cobi de Cima, (Vila Velha, ES) où son corps a été retrouvé. Cette année, ce ne sera pas différent. À 19 heures, commencera au même endroit, la célébration "Silence, Mémoire, Lumières", organisée par le groupe Ecos de Gaby, qui cherche à préserver la mémoire du prêtre.
Rogerio Vago, l'un des membres d'Ecos de Gaby, explique qu'une minute de silence sera organisée pour la situation du pays, marquée par le chômage, la mauvaise gestion fédérale de la pandémie de Covid-19, par la faim et d'autres problèmes sociaux. "Nous dénoncerons également le silence des églises, de la société civile organisée, qui souvent ne s'expriment pas comme elles le devraient, les silences qui provoquent la violence, la mort et la douleur", souligne-t-il.

 

Selon Rogerio, cette célébration veut commémorer les 32 ans du meurtre du père Gabriel, mais aussi « la vie donnée au nom de la vie » par d'autres martyrs. Sur la place où se déroule la célébration annuelle, une fresque a été peinte par l'artiste Luiz Quintanilha. Elle représente le visage du prêtre, ainsi celui  du juge Alexandre Martins, de l'écologiste Paulo Vinha, de Sœur Cleusa et de Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro.

 

Les lumières font référence aux "cris qui résonnent à partir de ces silences". "Quelles lumières nous donnent l'espoir de continuer ? Quels les cris résonnent dans notre société ?", interroge Rogério, qui souligne l'importance de maintenir vivante la mémoire du Père Gabriel. Il poursuit : "Il est important de garder vivante la mémoire de celui qui a donné sa vie pour des vies. Gabriel a quitté son pays, sa vie en France, il est venu à Cariacica, une commune pauvre, et il a consacré sa vie aux pauvres pour que le respect de leur dignité".

 

Le Père Gabriel est arrivé au Brésil en 1980. Son travail dans l’Espírito Santo, en particulier dans la municipalité de Cariacica, a été marqué par sa participation intense aux communautés ecclésiales de base (Cebs) de l'Église catholique, en partie sous l'administration de l'évêque Dom João Batista da Motta e Albuquerque. Il est entré dans l'histoire de l'État pour avoir appliqué les orientations du concile Vatican II, par la mise en valeur du rôle des laïcs et la célébration des messes en portugais, et non plus en latin.

 

Gabriel a encouragé l'organisation populaire comme moyen de mobilisation pour garantir les droits, la dignité et la qualité de vie. Il a encouragé la création de mouvements de femmes, dont le point culminant est l'actuelle Association des femmes de Cariacica en quête de libération (Amucabuli). Il a joué un rôle essentiel dans les mouvements pour le droit au logement et dans les groupes de jeunes, tels que la Jeunesse ouvrière catholique (JOC).

 

Il a travaillé dans la Pastorale Ouvrière, où il a coordonné un journal appelé Ferramenta (Outil), fait par des ouvriers pour des ouvriers, qui cherchait à informer les travailleurs sur des questions telles que les luttes populaires dans l’Espírito Santo, au Brésil et, dans une moindre mesure, dans le monde, en plus d'avoir comme autre objectif l'éducation à la citoyenneté.

 

Projet de communication populaire réussi, la Ferramenta a été lue dans des groupes organisés en communautés, distribuée dans les entreprises, et a été essentielle pour dynamiser la mobilisation de la classe ouvrière dans un contexte de grande précarité du travail et de l’accroissement des quartiers à la périphéries du GrandeVitória, avec les migrants attirés par les entreprises industrielles. Gabriel était également un lecteur assidu de journaux tout en encourageant à la lecture critique des médias. 

 

 

En raison de son militantisme, il a reçu plusieurs menaces de mort et a été assassiné le 23 décembre 1989. Le crime a été prescrit en 2017, sans que les auteurs soient identifiés et punis. La thèse du vol a même été examinée. Ses défenseurs ont affirmé que, en passant sur l'avenue Carlos Lindemberg, à Vila Velha, la voiture du père Gabriel a été heurtée par une pierre lancée par des criminels, ce qui l'a obligé à s'arrêter. Il a alors été assassiné.

 

Cependant, rien n'a été pris. Le président de la Cour de Justice (TJES) de l'époque, le juge Pedro Valls Feu Rosa, dans la lettre qu'il a publiée pour informer la population capixaba de la prescription, a mis en doute la thèse du vol. « Comment se peut-il, mon Dieu, qu'il ait pu y avoir un braquage aussi grossier ? Il faut voir d’ailleurs comment des gens meurent assassinés dans des procès liés au crime organisé ! Comment expliquer autrement, j’insiste, la répétition des mêmes modes opératoires et des mêmes noms ? L’élimination de témoins ? Sinon, que penser d’un braquage au cours duquel les voleurs n’ont même pas emporté la montre ni retourné les poches de la victime. Quant à la Fusca (Coccinelle) – voiture populaire – qui aurait été si facile à vendre ? Pourquoi l’ont-ils laissée ? 

 

Rogério Vago explique qu'il existe une thèse, défendue par le groupe et rapportée par des témoins, selon laquelle le Père Gabriel a été intercepté à Castelo Branco, à Cariacica, emmené à Vale Encantado, à Vila Velha, où il a été tué, le corps a été transporté sur la place de l’avenue Carlos Lindemberg pour simuler le vol.

 

Ecos de Gaby a déjà publié deux livres pour garder vivante la mémoire du prêtre. Le premier, intitulé "J’aime mieux mourir pour la vie que vivre pour la mort", présente des témoignages de personnes ayant vécu avec le Père Gabriel. L'autre, Echos de Vitoria, sont des lettres écrites par lui à sa famille et à ses amis en France, dans lesquelles il fait une analyse de la situation politique, économique, sociale et ecclésiale de Cariacica, de l’Espírito Santo et du Brésil.

 

Parmi les hommages qui lui sont rendus figure également la chanson Profeta Gabriel, composée par le député fédéral Helder Salomão (PT) et interprétée par la chanteuse de l'Espírito Santo Raquel Passos, dans son deuxième CD, « Seguir Sempre » (Suivre toujours).

 

Son nom a également été donné à des rues, des écoles, des établissements de santé et d'autres espaces dans la municipalité où il a vécu pendant neuf ans. Dans l'avis public 2021 de la loi municipale d'encouragement à la culture de Cariacica João Bananeira, la producteur culturel Thays Ferreira a fait approuver un projet qui commencer en 2022, qui vise à créer un mémorial, par le biais d'une intervention urbaine avec des graffitis sur le Père Gabriel, afin de rappeler l'histoire du prêtre. 
 

Nous rappelons que le 23 décembre 1989, Gaby était assassiné à Vitória au Brésil. 

RDV à Port-Lesney, le 23 décembre à 15h

 

Voir les commémorations au Brésil et en France ci-dessous

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Présentation

  • : Les amis de Gabriel MAIRE
  • : L'association "Les amis de Gabriel MAIRE" a été créée après l'assassinat de Gaby au Brésil le 23 décembre 1989. . A associação "les Amis de Gabriel Maire" foi criada depois da morte do Padre Gabriel em Brasil o 23 de dezembro de 1989.
  • Contact

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